J’aime les mecs qui ont des couilles, aussi quand j’ai lu les paroles d’un illustre homme qui disait « tenga o toru » ou dans la langue de Molière « Je vais conquérir tout le Japon » je me suis dit que ce type les avait grosses comme des melons et j'ai tout de suite kiffé sa race à lui. Ce Jules César japonais, c’est Nobunaga Oda, (les deux trois geeks du fond ont dû le croiser comme boss de fin dans Pokémon Conquest ou dans Onimusha), c'est LE chef du clan Oda, c'est LE mec qui a latté la tronche à tous ses ennemis alors qu’il n’avait quasiment plus rien et qui a bien failli conquérir tout le Japon aux alentours de 1580 (milieu de l’ère Tenshō pour les japanophiles). C’est le genre de bonhomme qui mérite un PUTAIN DE GROS respect. Novateur en termes de stratégie militaire, opportuniste et dirigeant dans l’âme, il avait tout pour réussir.

Mais revenons un peu en arrière. Ne nous intéressons pas tout de suite à Nobunaga le chef d'État, mais penchons nous plutôt sur Nobunaga l'homme.

Dynasty Warriors, Onimusha, Pokemon, quand je vous disais qu'il était partout. En même temps, que faire d'autre d'un des hommes les plus imposants et les plus marquants du Japon féodal ?

Nobunaga (que l’on va appeler Nobu) était le fils hériter d’un daimyo possédant un tout petit peu de terre dans la province d’Owari. Et ça il le savait. Enfant chéri et mal élevé, Nobu était le genre de chiard à faire les pires conneries de la terre sans que personne ne puisse jamais rien lui reprocher (genre, mettre des coups de pied aux poules ou reprendre deux fois de la tempura à table sans l'accord de la gouvernante). Dans sa connardise sans borne, il offensa même une bonne partie de ses vassaux en pourrissant les funérailles de son père. Ses vassaux commencèrent alors à se dire que son gentil petit frère serait peut être un meilleur boss (ou en tous cas, un peu moins con, car lui ne file pas de coups de pied aux poules). Bref, ça sent grave le sapin pour le petit Nobu qui doit assurer la direction de Oda & Co. à seulement 17 ans… Mais Nobu est un Japonais et comme tout héros de shōnen, il va avoir le droit à son deus ex machina personnel qui va lui faire comprendre le sens de la vie et le sortir des ténèbres (ouais, comme Neji dans Naruto c’est ça). En effet, son mentor et ami de toujours, honteux et blessé de la conduite de son bien aimé disciple se fait seppuku (assez extrême comme mec, mais bon, qui suis-je pour juger ? Bon ok, je trouve ça totalement con) ce qui aura pour mérite de faire redescendre Nobu sur terre et de lui faire prendre conscience que malgré son rang et sa *tousse* superbe, il est salement dans la merde. Sa province se barre en couille, sa famille veut le buter et s'il ne réagit pas très vite, c’est foutu pour lui. Tout semble alors être au plus mal pour notre ami, son oncle qui dirige une autre partie du clan décide de rajouter de la sauce soja sur les sushis (version jap de « mettre l'huile sur le feu » bon ok, je vais me pendre). En effet, ivre de terres et de pouvoir, il commence à contester l’autorité de Nobunaga et le défie pour le contrôle d’Owari. Il va même jusqu'à lui prendre MANU MILITARI (je sais que c'est la guerre, mais faut que je cale une citation en latin pour faire croire que je suis intelligent) le château de Kiyosu qui est accessoirement la capitale administrative de la province d’Owari. Nobunaga échappe une nouvelle fois de peu à la mort grâce à un autre pouvoir de héros de shōnen le « PNJ salvateur » qui vient lui parler d’un complot visant à l’assassiner (PNJ qui au passage était représentant shogunal de la province et qui finira sous forme de viande froide suite à cette révélation). Fort de cette nouvelle chance que la vie lui a donné, Nobu passe deux ans à se faire pousser des testiboules, puis décide de rouler sur son oncle et de lui reprendre son beau château. Le contraignant au passage à se suicider (l’amour familial, c’est beau). Armé de cette victoire, et des quelques parcelles de terre grappillées, Nobu va alors passer en mode overbadass. La légende est en marche.

Faut avouer que son artwork officiel est vachement moins badass...

Une marche en zigzag qui finit les trois quarts du temps dans un buisson de ronces, mais en marche quand même. Ses premières tentatives de campagnes militaires sont des échecs et surtout, son frère (le même qui avait la préférence des vassaux) décide devant la relative faiblesse de son aîné de se rebeller avec deux autres de ses copains (Shibata Katsui et un autre clampin). Ni une ni deux, Nobu lui ravage les muqueuses genre double anal et maman Oda est obligée d'intervenir, et de faire promettre aux deux frères de cesser de faire la guerre. Cette intervention amnistie de tous ses actes d'insubordination le frère de Nobu ainsi que ses copains. Ce qui ne l’empêche pas de se re-rebeller une année plus tard. Sauf que cette fois, son ancien copain, Shibata Katsui décide d’arrêter les conneries et révèle tout le plan du frangin renégat à Nobunaga (sale balance va, dans la téci on t'aurait saignée petite pute). Mais notre ami n'a pas le cœur à batailler contre son cadet, il en a plus qu'assez de verser le sang de ses hommes pour son frère. Il décide donc de lui faire ce que l'on appelle dans le jargon un « gros coup de pute ». En effet, il fait courir le bruit qu'il est gravement malade et risque de bouffer les pissenlits par la racine sous peu. N'attendant pas le certificat médical du guérissologue et conformément au plan machiavélique imaginé par Nobu, il se rend au chevet du pseudo mourant où il se fera assassiner. GG no re k thx baï.

Nobunaga n'a donc plus d'opposant au sein de son clan. Il fait tuer le représentant shogunal (fils du PNJ salvateur) afin, d'une, d'avoir le champ libre dans la région, de deux, d'éviter que celui-ci ne lui plante un couteau dans le dos. La province lui appartient entièrement, mais comme l'a si bien dit le major Shepard dans Medal of Duty : Black Battlefield of War, prendre un point est une chose mais le tenir est plus compliqué. Et pour le contrôle d'Owari, les quelques 3000 soldats d'Oda font pâle figure face aux dizaines de milliers de guerriers que compte le clan Imagawa. Moins d'une année après les derniers événements, le jeune Oda va accomplir ce que personnellement je qualifie « d'acte le plus couillu de l'univers tout entier ». C'est pour ça que cette acte mérite une narration à la hauteur de sa badassitude (attention, les dialogues n'ont strictement rien d'historique).




Province d'Owari, château de Kyushu, 18 mai 1560.


Takeshi courait, ses poumons le brûlaient. Il songeait parfois à s’arrêter pour se reposer, mais il ne le pouvait pas. Ce qu'il avait vu, il devait le rapporter. La pluie tombait dru et se mêlait à ses larmes. Ils étaient tous perdus. Combien étaient-ils ? Tant de bannières, dix mille, vingt mille... Trop pour qu'on puisse les vaincre. Trop pour qu'on puisse même leur résister. Le château était en vue, plus que quelques mètres. Son cœur cognait si fort dans sa poitrine qu'il paraissait exploser. C'était peut être le cas...

Les gardes se firent menaçant à son arrivée mais s'écartèrent en le reconnaissant. Les troupes des Oda étaient tellement faibles que tous se connaissaient. Ce constat acheva le moral déjà bien entamé de Takeshi. L'intendant le prit en charge et après une brève explication le conduisit vers Nobunaga. C'était un homme majestueux. Grand, plus grand que les autres Japonais. Sa moustache lui donnait un air grave et sa queue de cheval tirait son regard perçant en arrière de façon à l'aiguiser encore plus.

« Que se passe-t-il ? dit-il d'une voix calme.

— C'est les Imagawa, ils nous attaquent, ils veulent notre province !

— Combien sont-ils ?

— 20 000 au minimum voire 40 000 !

— Bien... (ordonnant aux responsables autour de lui) préparez l'armée, cela ne sert à rien de rester passif, il faut les frapper quand ils s'y attendront le moins. Notre cible est le cœur, leur chef, Yoshimoto Imagawa lui même ! »


Les hommes présents dans la salle se dispersèrent sur ordre de leur daimyo.


« Tu sais monter à cheval ?

— Oui, Oda-sama.

— Alors viens avec nous »


Dans les heures qui suivirent, l'armée se mit en branle, nos éclaireurs nous apprirent que la chaleur écrasante avait conduit une grande partie de l'armée à devoir s’arrêter et ainsi leur forces étaient divisées. Notre seigneur insista pour s’arrêter au sanctuaire Atsuta pour prier. Il y pria pour notre victoire et pour l’âme des braves qui allaient tomber en ce jour. Fussent-ils ennemis ou amis. Plus je pensais à son plan, plus je le trouvais fou et suicidaire. Mais c'était le seul qui avait une chance de marcher. Il finit sa prière en jetant des pièces en l'air. Elle tombèrent toutes du coté face. Les augures étaient bons. Cela ne m’empêchait pas d'avoir peur. La partie la plus ardue allait être de réussir à contourner l'armée sans se faire voir. Nous étions partis avec des effectifs réduits dans ce but justement, mais le risque restait majeur. Nul n'osait dire le moindre mot tant l'angoisse était présente dans les rangs. À tout juste quelques ri du camp ennemi (environ 4,5 km) l'orage se déclencha. Une pluie diluvienne et une obscurité providentielle allaient masquer notre arrivée. Je ris avec les autres de cette chance inouïe et lançai mon cheval au galop. Nous avions contourné l'armée ennemie et le campement de leur état major était en vue. Nobunaga mit un pied à terre.

« Mes fidèles vassaux, bien que beaucoup critiquent mon entreprise, je ne suis pas venu ici pour y mourir dans la dignité. Ce serait la pire chose qui puisse arriver. Il reste tant à accomplir sur cette terre que rejoindre mes ancêtres n'est pas une idée à souhaiter. Je suis venu ici avec vous pour tuer Imagawa. » Un murmure passa dans les rangs, à peine audible tant le fracas de l'eau sur mon casque était fort. « Il est notre cible prioritaire. Vous le reconnaîtrez à son palanquin. Les kami nous ont donné la pluie et les ténèbres pour masquer notre arrivée et il ne sait pas que nous sommes là. Frappez juste et soyez fermes. »

Et c'est que nous fîmes. Je galopais le cœur joyeux vers le camp ennemi. Quelques po avant l'impact, les sentinelles nous repérèrent. Pas assez tôt pour organiser un mur de lances valide cela dit. Mais qu'importe, la surprise était totale. Même organisés, ils ne pouvaient pas prévenir les troupes postées plus loin. Et les quelques soldats en armes ici ne pouvaient rien contre la férocité de nos destriers et la vaillance de nos cœurs. L'impact fut violent et brutal, les sentinelles prises au dépourvu se firent tailler en pièces. Les cris de joie de mon camarade m’assurèrent que le chef du clan était mort. Le massacre qui s'ensuivit fut sans appel, mon katana dégoulinait du sang des soldats. Nobunaga avait réussi. Je laissai le massacre des troupes ennemies désemparées aux autres soldats. La victoire était totale. J'étais surtout content d’être en vie.




Au début, le Japon, c'était ça. On va jouer ensemble à « Où est le territoire des Oda ? »

Ce petit passage narratif est donc ce qui clôt notre première partie de l'article sur Nobu, rendez-vous au prochain numéro pour la suite de la vie de notre cher ami. Au menu, badassitude, stratégie, poneys, fusils et mariage gay ! Ne ratez pas le suite (sinon j'appelle Alexeï, il est Serbe, tueur à gage et il n'aime pas ceux qui ne lisent pas la suite de mes articles).


Bisous, Zeke