Les bannières géantes, ça roxx. Et ça donne une idée du style graphique du film, très « artificiel », et très beau. Cliquez pour voir en grand.

Oui, je sais, ce film s'est fait incendier par les critiques. Oui, je sais, l'affiche de ce film donne à croire qu'on va assister à un remake d'Expendables avec plus de boobs et moins de muscles huilés et d'hommes qui partent ensemble au bout du monde. Et oui, je sais, Zack Snyder est plus connu pour ses reprises de comics — et non, je ne dauberai pas sur ces dernières ici — que pour Sucker Punch. Et pourtant, ce mec a fait un bon film. En fait, l'affiche et le pitch sont trompeurs, d'où, à mon avis, les critiques déplacées : pas qu'elles soient nécessairement fausses, mais juste souvent à côté de la plaque. Ce qui en soi n'est pas exceptionnel : regardez les critiques du Grandmaster de Wong Kar-Wai ou d'Avalon de Mamoru Oshii, elles étaient aussi complètement à côté de la plaque. Mais je m'égare, on parlait de Sucker Punch. Attention, quelques spoils traînent dans ce qui va suivre, mais si vous voulez voir le film par la suite, cela ne devrait pas vous gâcher le plaisir, vu la nature du film.

Bon, ce film, c'est quoi finalement ?

Le pitch, tout d'abord

Sucker Punch raconte l'histoire d'une jeune femme surnommée Babydoll qui, voulant tuer son méchant beau-père qui veut voler l'héritage de leur mère, colle une balle dans sa sœur par mégarde. Le beau-père réagit comme tout bon méchant beau-père l'aurait fait, il envoie Babydoll dans un hôpital psychiatrique et paie l'infirmier pour qu'elle soit lobotomisée le plus vite possible. Perso, j'aurais fait la lobotomie moi-même avec une petite cuillère, mais sans doute le beau-père est-il d'une nature fragile. Pendant ses cinq jours à l'asile, la jeune femme fait parler son imagination. Et pas qu'un peu. Pour commencer, elle transpose son environnement bien glauque dans une sorte de cabaret non moins glauque, dans lequel elle-même et ses camarades captives doivent danser pour le plaisir du public, et pour le porte-monnaie du patron, qui est en fait l'infirmier, le vilain Mr. Blue. Ah, et ce n'est pas dit explicitement, mais il est probable qu'elles doivent aussi se prostituer. Enfin, normal quoi. Babydoll forme un groupe avec d'autres « danseuses » pour s'échapper. En effet, elle se rend compte que, quand elle se met à danser, absolument tout le monde est captivé, et aussi que pendant ce temps, son esprit est transporté dans des lieux chelous issus de son imagination. Le groupe doit récupérer cinq objets pendant qu'elle danse. Et Babydoll, pendant ce temps, récupère des avatars de ces mêmes objets dans ses mondes imaginaires, à l'aide de ses quatre amies : Sweet Pea (la leader), Rocket (la sœur de la précédente), Blondie (celle avec les cheveux noirs) et Amber (la pilote avec toujours une sucette dans la bouche). Les deux acquisitions se font toujours en parallèle, avec les mêmes difficultés et les mêmes réussites.

Une histoire complexe ou une ambiance ?

En fait, l'histoire est bien plus complexe qu'elle n'y paraît au premier abord, car elle possède différents niveaux de lecture. Je dirais qu'on peut voir le film de trois manières différentes. La première, c'est l'histoire telle quelle, la fille qui rêve et ses amies qui se procurent les objets nécessaires à l'évasion. Mais il existe aussi une théorie, assez plausible, selon laquelle Babydoll n'existerait pas réellement, et serait une sorte de double de Sweet Pea, issue d'une schizophrénie à la Fight Club — le double qui permet du surmonter son propre caractère, et qui donc est plus « fort ». Selon cette même théorie, à la fin, Sweet Pea ne s'évade pas physiquement, mais mentalement, suite à la lobotomie de son « double ». Et la troisième manière de voir le film, c'est comme un immense prétexte pour montrer ces fameux mondes imaginaires. En gros vous pouvez toujours vous dire « osef de l'histoire, moi je veux voir de l'action et du wtf », vous ne serez pas déçus.

En effet, l'histoire, si elle est finalement assez bien faite, peut être vue comme optionnelle, car le film possède une ambiance très soignée, et très réussie. Premièrement, les décors sont tous impeccables. L'asile est glauque à souhait, gris et terne, de même que la majeure partie du cabaret. Pour ce dernier, seules la scène et la salle de maquillage sont vraiment colorées et chaleureuses, bien qu'elles aient l'air extrêmement factices. Les mondes imaginaires sont tous très différents, et sont remplis de détails — fond vert ftw, même si du coup l'aspect visuel semble artificiel, comme toujours avec ce procédé — et chacun possède sa propre ambiance. Là aussi, les couleurs ont une importance cruciale, soit très froides et ternes, soit rougeoyantes, soit presque trop vives. L'aspect même de Babydoll est tout sauf naturel, ce qui renforce ce côté onirique qu'a le film, et qui peut appuyer la théorie de la schizophrénie.

Le dernier point d'ambiance qui est très présent dans le film, ce sont bien évidemment les musiques. Ce sont toutes des reprises de chansons connues, et le rendu est, pour moi, très réussi. Après, bien évidemment, on peut ne pas aimer la musique de ce film, mais en tout cas la qualité est bonne, et ces chansons complètent parfaitement l'ambiance. Par exemple, la première scène, celle où Babydoll apprend la mort de sa mère et essaie de tuer son beau-père, est sans aucune parole ni son, à l’exception de la reprise de Where Is My Mind chantée par l'actrice.

Quoiqu'il en soit, on peut voir la qualité de la mise en scène. Le film est bourré de plans comme celui-là.

Les mondes imaginaires

Bon évidemment, si on se place dans l'imagination d'une personne, la crédibilité des mondes n'est plus très importante, et pour le coup, Snyder en profite pour se défouler et pour montrer du wtf de premier ordre. Il paraîtrait que la règle de ce film ait été « ce n'est jamais trop ». Et attendez vous à du wétéhèf comme on en voit rarement au cinéma. Il y a quatre mondes imaginaires dans le film, et à chacun correspond une musique, qui accompagne la danse irl. Mais avant de les passer en revue, voyons un peu ce qu'il faut pour faire un film d'action qui poutre ? Des gunfights, des sabres, des robots, des samouraïs, des dragons, des nazis, des marcheurs de combat, des avions, des zombies, des bombes avec un timer, et des boobs. Et que faut-il pour faire un faux film d'action au second degré et du wtf de première qualité ? Tout ça à la fois, bien sûr !

Le temple jap'

Le premier monde est un temple japonais, dont la cour est envahie par la neige. L'intérieur, à l'inverse, semble chaleureux et accueillant, avec la lumière orange de nombreuses bougies. La musique de ce monde est Army of Me. C'est ici que Babydoll rencontre un homme, que je nommerai le Mentor, qui lui explique que pour s'enfuir, elle aura besoin de cinq objets : une carte, du feu, un couteau et une clé. Et le cinquième, c'est « un mystère, la raison, le but, un sacrifice énorme et une victoire parfaite ». Oui, ça veut rien dire, je vous avais prévenu : dans ces mondes, il ne faut pas trop chercher la logique. Le Mentor lui fournit également ses armes, à savoir un katana et un gun. Ensuite, Babydoll ressort du temple, et s'aperçoit que ses premiers adversaires l'attendent dans la cour.

Les samouraïs en armure complète, c'est cool. Mais quand ils font trois mètres cinquante et ont les yeux rouges brillants, c'est encore plus cool. Et puis, les sauts périlleux en slow-mo, ça a la classe, en particulier si dans le même mouvement l'héroïne décapite un de ces fameux samouraïs. Mais jusque là, c'est un peu mou tout de même, donc le deuxième samouraï engage le combat avec un tir de bazooka, puis continue avec une gatling. Mais rassurez-vous, si Babydoll le tue avec son pistolet, elle attend tout de même d'être au contact pour ça. Parce que quand même, faut pas exagérer, utiliser un gun à distance c'est un cruel manque de goût.

Steampunk WWI

Cette fois, Babydoll est accompagnée de sa dreamteam et doit récupérer la carte, sur fond de White Rabbit.

Une cathédrale en ruine, un no man's land, des tranchées, la Première Guerre Mondiale quoi. Enfin presque. Les soldats allemands sont tenus en vie par des machineries à base de vapeur (oui, c'est des zombis steampunks, ça poutre hein ?), et je suis forcé d'avouer avoir menti, c'est pas réellement des zombies du coup. Et vu que c'est la première guerre, c'est pas des nazis mais des soldats du Kaiser avec des casques à pointe. Enfin c'est pas mal badass tout de même. Les cinq filles avancent en slow-mo au milieu de ce bordel des tranchées, habillées... comme des héroïnes de film d'action, c'est-à-dire comme il faut pas quand on est sur un champ de bataille. Amber récupère son véhicule, c'est-à-dire un marcheur de combat, avec lequel elle va s'envoler pour aller poutrer allègrement des triplans. Vous voyez les dreadnoughts de 40k ? Vous voyez un triplan de la première guerre ? Je vous laisse deviner le résultat. Je vous avais prévenu, fuck la logique et la cohérence historique. En même temps, c'est pas un film historique, c'est un délire d'héroïnomane sous champis. Si on aime le wtf, on ne peut pas ne pas aimer ce film. Au final, la dreamteam déboîte les Boches, qui meurent en envoyant des jets de vapeur très spectaculaires, et rapporte la carte au Mentor.

De toute évidence, le fair-play, c'est pour les faibles.

Le château du dragon

Maintenant, il faut récupérer le feu grâce à Search and Destroy et pour cela il faut pénétrer dans le château d'un dragon, égorger le bébé dragon et rapporter les cristaux qu'il a dans la gorge. Easy. Mis à part le dragon, le château est juste défendu par des orques et, en plus, il est assailli par des chevaliers en armure. Et la dreamteam possède un avion militaire.

L'infiltration est pas très dure du coup. Les quatre filles sautent de l'avion — les parachutes c'est pour les fiottes, vous vous en doutez — et retombent dans la cour principale en slow-mo et avec une pose stylée, et pètent le sol de pierre pour le finish. Et là, il s'avère que c'est plus facile de frag des orques à la mitraillette qu'à l'épée. Je me demande pourquoi ils y ont pas pensé au gouffre de Helm. Le bébé pionce, parfait, Babydoll lui tranche la gorge, récupère les cristaux, et les utilise for teh lulz. C'est vrai qu'il aurait été dommage de ne pas réveiller la mère dragon : ç'aurait été un peu simple sinon. Et puis ça permet une poursuite épique entre un avion militaire et un dragon au-dessus d'un château et de torrents de lave. Parce que faire les choses à moitié, c'est pour les faibles.

Que quelqu'un ose me dire qu'un film avec un plan comme ça n'est pas awesome !

Le train. Parce qu'il faut toujours un train.

Dans le dernier monde, l'équipe doit récupérer le couteau, représenté ici par une bombe dans un train — au dessus du vide, bien sûr — avec comme musique de fond quelque chose de plus calme et plus triste, Tomorrow Never Knows. Cette fois, les décors sont moins détaillés puisqu'on voit surtout l'intérieur du train. Mais heureusement, le train est gardé. Par des robots sans visage et avec des flingues. En fait, leur tête est une bille d'acier, donc elle reflète parfaitement tout ce qui est en face, ce qui permet des mises en scène sympas où on voit le reflet de Babydoll avec son sabre, puis le sabre lui même rentrer dans la tête du robot et le couper en deux sur toute la longueur. Après, il s'agit d'un fight assez classique ; c'est surtout la mise en scène qui le rend épique. Je suppose que Snyder était en rade de champis quand il a écrit cette scène. Dommage. Enfin y'a quand même le minimum syndical, les jet-packs.

Conclusion

Si vous aimez le pur nawak, regardez ce film. Ne faites cependant pas l'erreur de le regarder avec un regard logique, c'est le meilleur moyen de perdre toute la saveur d'un film comme celui-là. Les images sont belles, l'ambiance visuelle et musicale est réussie, et même le scénar n'est pas mal du tout, pour peu que vous décidiez de le suivre. Définitivement mon coup de cœur de ces derniers mois !