Il est écrit dans la Bible : « Les pauvres mangeront et seront rassasiés. » (Psaume 22, 21 v. 27). Nul ne se doutait que ce texte prophétique concernait la seule nourriture viable pour un homme aviné à 3h du mat'. La seule nourriture qui cale, qu’on trouve à tous les coins de rue : je veux parler des arcanes ésotériques de l’art culinaire. D’un des fleurons de la culture française, d’une des causes de décès les plus nobles ! Du mets qui m’a maintes fois sauvé la vie. Le kebab. Mais attention ! Un bon kebab n’est pas le fruit que de son cuisinier, qui de ses mains habiles sélectionne ses ingrédients, les raffine et les assemble. Non, le bon kebab est aussi une affaire de consommateur. Une affaire d’homme éclairé, de sentiments et d’instant présent. Une affaire de regard et de jugé, de conscience et de patience, de papilles et d’anus déchiré. J’ai passé deux ans à étudier la kebabologie, dans l’une des villes les plus réputées pour ses kebabs, j’ai nommé la ville du tombeau des rois, la ville de la ligne 13, la ville du marché… Saint-Denis. Et aujourd’hui, pour toi lecteur d’Alt+F4, je m’en vais partager mon savoir et le fruit de mes recherches. Alors ouvre grand tes yeux et prends des notes, car ce savoir va changer ta vie à jamais !

Ils en ont même fait une chanson, c'est vous dire quel monument de notre culture c'est !

Première étape : la devanture

Un bon kebab, c’est avant tout une affaire de style. Moi, quand je vois un grec qui fait aussi des pizzas et des paninis au jambon, j’ai pas envie d’y rentrer. Le kebab doit faire des kebabs et c’est tout. 5€ le grec+frites, pas plus pas moins. Moins tu vas le payer à la sortie, plus tu vas te faire pigeonner. Vérifie aussi si la viande a le certificat halal, ça coûte pas plus cher et, même si t’es pas musulman, ça t’assure un minimum de qualité au niveau de la viande.

Deuxième étape : la clientèle

La clientèle est primordiale. Un grec a ses habitués, ses piliers de comptoir. Ce genre d’hommes qui peuvent commander par la pensée. S'il y a des habitués, tu as moins de chances de tomber malade. Vérifie aussi la présence de vieux assis à une table — ce sont les seuls à commander une assiette et ils parlent généralement une langue que tu ne comprends pas — c’est un gage de qualité, ça l’est encore plus s'ils parlent avec le patron. Là, tu peux être sûr (ou presque) que ton grec est clean. En règle générale, évite de rentrer dans un grec où il n’y a personne si tu n’as pas le sort « détection des maladies ».

Deuxièmepointcinq étape : la détection des maladies.

Tu as vraiment faim et à 3h du mat' il n’y a pas de vieux ? Pas de souci. Vérifie que la broche tourne et rend du jus quand on la découpe. Vérifie que l’endroit où sont foutus les légumes est bien froid, prends de la sauce samouraï — ça désinfecte — et demande une viande bien grillée. Ça devrait passer. Devrait… Au pire, le 15 marche de jour comme de nuit.

Troisième étape : le patron

Le patron est primordial dans la kebabologie. Le patron doit tout faire en même temps (caisse, cuisson, découpe, condiments) et embaucher des membres de sa famille. Il doit parler au minimum trois langues et avoir un accent à couper au couteau. Et surtout, surtout, se souvenir de ta commande et rendre la monnaie sur les tickets resto — faut pas déconner avec ça, avec quoi je paye mes clopes moi après ?

Quatrième étape : un bon kebab

Là, je vais rentrer dans la composition, comment fabriquer un bon kebab. Oui, comment toi, affamé moyen, même avec deux grammes, tu pourras faire valser les condiments pour rendre ton kebab awesome.

— Salade-tomates-oignons, pas oignons frits, oignons. Si le mec tente de te mettre sa salade dégueue avec du chou, des concombres, des carottes, etc. dans ton grec, stoppe-le tout de suite : il est en train de commettre une hérésie. Salade-tomates-oignons et c’est tout.

La sauce ! La sauce est peut-être l’élément le plus important et le pire, c’est que ça varie selon les goûts. Si t’es un vrai bonhomme, prends la harissa. Moi, perso, j’ai pas la foi. Samouraï grand max de mon coté (samouraï = mayo + harissa). La samouraï se marie vachement bien avec le fromage pour burger, c’est plutôt sympa. Mais le combo ultime, c'est blanche plus algérienne. J’ai jamais su ce qu’ils foutaient dans la sauce algérienne, je sais juste que c’est bon, mais alors avec le petit goût frais de la sauce blanche, ça déchire la boite à nachos. Pour les frileux, la mayo est pas mal. En gros, faites des tests : si j’ose dire, faites ça à votre sauce !!!!1 Hahahahahahahaha !

Mais jamais — écoutez-moi bien — au grand jamais ne prenez la sauce cheese. Ce truc est infâme, c’est Satan en tube, du foutre de zergs, ça vous prend à la gorge et après l’avoir goûté, son goût vous hante pour l’éternité.

Etape cinq : les trucs en plus

Le fromage reste un must dans le kebab : c’est pas cher et c’est crémeux dans la bouche — oui, c’est ça, comme dans les douches de l’église, WiseKitteh. Là encore, c’est à vous de voir. Le maïs est sympa à tester, mais bon, ça reste quand même surfait. Évitez juste les olives, nan, sérieux, évitez.

Conclusion

Vous voila armé pour survivre en milieu urbain. N’hésitez pas à réagir sur le forum, on partagera nos adresses, toussa ! Allez !

Bisous, Zeke.


PS : cet article est pieusement dédié à Kadir Nurman, l'inventeur du kebab, décédé avant-hier à Berlin. Qu'Allah veuille bien l'accueillir au paradis des amateurs de bonne chère.