Tout le monde le sait — ou du moins tout le monde a la mauvaise foi d'approuver cette assertion en mode « faites ce que je dis, pas ce que je fais » — bien manger est l'un des garants d'une bonne santé. Et en la matière, les adeptes de la table n'ont rien à envier aux partisans des autres sujets dits « sérieux », comme la politique en Ouzbékistan, en ce qui concerne les batailles épiques entre passionnés (et gentils lobbyistes), les trolls rageux plus ou moins subtils et autres hordes d'illuminés tous convaincus de l'adage « si ton inculte de voisin n'est pas d'accord avec toi, marave-lui la gueule à coups de caps lock et d'arguments fallacieux, sinon, il reste le fusil à pompe ». Bref, la cuisine, vous l'aurez compris, c'est pas un truc de tendre : la preuve, suffit de voir les quelques instruments de torture que les chefs-cuisiniers exhibent avec fierté comme si c'était leur petit dernier.

Mais avant d'aller plus loin, soyons clairs sur certains points

NON, la cuisine, ce n'est pas un truc de gonzesse accomplie. Et la mauvaise foi ne vous donne pas le droit de dire « oui, ben si c'était le cas, ça serait pas une fifille comme toi qui s'occuperait de cet article ! ». Si j'ai choisi d'écrire sur un tel sujet, c'est parce que personne dans l'équipe n'a eu les couilles l'idée de s'y mettre, et puis ça m'aurait fait mal qu'on traite ce sujet comme un vulgaire tutoriel comme en voit ouatmille sur Internet, parce que non, décidément non, c'est hors de question que vous l'assimiliez à « Récupérer son ex en 4 étapes », « Deviens le roi des traders en 10 arnaques » ou encore « Faire jouir les femmes à tous les coups » ! Quoique, pour la dernière proposition, c'est possible que... Oui bon, ok, je me tais. :3 Mais en aucun cas parce que je suis une fille et qu'on avait écrit mon nom en rose bonbon sur la case « Cuisine ».

NON, la cuisine, ce n'est pas juste (mal) cuire un œuf et poser une énorme tas de barbaque par dessus comme un vrai guerrier nordique. Alors ici, point de lien vous redirigeant vers une vidéo YouTube type « La recette des crêpes pour les feignants » ; dommage, n'est-il point ?

Ceci est la parfaite illustration de la maxime « La cuisine est partout » ; la preuve : tous ces plats ont été confectionnés avec, et uniquement avec, ce que recèle la forêt.

NON, la cuisine, ce n'est pas compliqué. Pour peu que vous ayez un brin de volonté, toutes les recettes/expériences chimiques bizarres/choses dont vous n'avez jamais entendu parler et qui vous effraieront rien qu'en les évoquant, dont je vais vous parler, sont à la portée du premier consanguin venu. Oui bon d'accord, premier consanguin venu possédant une cuisine, des bras valides et rien d'autre à faire que d'acheter des légumes.

Maintenant que ces choses ont été abordées, nous pouvons poursuivre sereinement. Et aussi parce que si vous n'êtes pas d'accord, je vous insulte en caps lock, je fais un meme sur vous et je colle des affiches de MLP version rule 34 sur votre porte, namého.

UNESCO dans ta face

Sur Terre, il existe moult cultures mais toutes ont un point commun : elles possèdent un patrimoine culinaire. Certaines tirent réellement leur épingle du jeu en affichant une richesse de plats proprement gigantesque, quand d'autres n'ont malheureusement pas le loisir d'en faire étalage : quand c'est pas bon, c'est pas bon. Mais il n'empêche que la cuisine est sans doute l'un des propres de l'homme. Alors effectivement, nous pourrions nous contenter de manger des navets ad vitam aeternam ou de faire comme les animaux domestiques en ingérant des croquettes faites à base d'os broyés, mais avec toutes les papilles gustatives dont nous sommes pourvus, ce serait bien dommage, non ? Et puis sincèrement, qui aurait envie de se nourrir de croquettes ? Hein ?

Certains l'ont bien compris en obtenant de l'UNESCO que les recettes de grand-mère soient certifiées patrimoine culturel mondial immatériel de l'humanité — oui, titre à rallonge, mais ça rigole pas chez eux ! Nous pouvons donc y voir inscrit dans les registres, entre autres exemples.

  • La réalisation ancestrale du pain d'épice en Croatie.
  • La cuisine traditionnelle mexicaine.
  • La fameuse diète méditerranéenne.
  • Et bien sûr, la cuisine française.

Et pourtant, notre société ne valorise pas tant que ça l'art de bien manger. Tiraillée entre le culte de la performance, qui oblige à des repas plus rapides et moins bien préparés, et la masse d'études qui sont formelles quant à l'importance d'une alimentation équilibrée, elle vire à la schizophrénie en nous faisant oublier le principal : manger, ce n'est pas seulement se nourrir afin d'apporter les nutriments dont notre corps, incapable de les synthétiser de lui-même, a besoin. C'est aussi — et je l'espère encore pour bon nombre d'entre vous — synonyme de moment partagé.


* pause dramatique *


C'est le moment où tout le monde râle qu'il n'a pas le temps, que quand on habite seul dans un 20m², il n'y a personne pour manger avec nous, qu'avec des horaires flexibles, il arrive parfois que le repas ait lieu à trois heures du matin et qu'on a pas quitté la maison de papa/maman pour s'imposer des repas à 19 heures tapantes sinon, menace ultime, débranchement du câble internet. C'est exact pour certains points. Les conditions optimales n'existeront jamais toutes en même temps et il est vrai que la vie n'est pas une pub IKEA. Mais franchement, vous ne vous êtes jamais rendus compte à quel point avaler un tas de raviolis — ouioui j'avais un quota de clichés à insérer dans mon article :B — à même la boîte de conserve était glauque ? Quitte à manger tranquille chez soi, autant se faire du bien à l'estomac...

...Et au reste de son corps, par la même occasion.

Car outre l'argument gustatif, il existe un certain nombre d'avantages à diversifier ses plats — et à les partager si l'occasion se présente. Vous n'êtes pas sans savoir que notre bonne humeur est conditionnée par plusieurs hormones, produites au sein du cerveau. Les plus connues sont nommées ocytocine, sérotonine et dopamine. Leur rôle et leur apparition diffère d'une situation à l'autre mais toutes nous renforcent dans notre sentiment de bien-être. Celle qui nous intéresse est l'ocytocine, ou hormone « récompense ». Sa création a lieu, comme son nom l'indique, lorsque le cerveau considère que l'action que nous venons de réaliser mérite salaire. Cela peut ainsi se produire après avoir fait une bonne action, pendant un orgasme, lorsque nous sommes amoureux, ou — plus trivial et moins reluisant, je vous l'accorde — après avoir gagné une grosse somme d'argent. Mais il est possible de « tricher » un tant soit peu avec les mécanismes cognitifs... Car il est également réalisable de produire de l'ocytocine en mangeant une tablette de chocolat ou tout autre aliment chargé en graisse. Plusieurs études sont venues par la suite corroborer cette thèse de l'alimentation garante de l'équilibre hormonal, en mettant en lumière les rapports entre une amélioration du moral et la consommation de certaines molécules. Alors bien évidemment, on ne vous demande pas de boire deux litres de graisse d'oie à la paille la prochaine fois que vous vous calerez devant un épisode de votre série préférée, mais de repenser aux avantages de mettre la main à la pâte lorsqu'un soir vous ferez grise mine devant votre éternel plat micro-ondable.

Et comment on récupère le coup si on ne sait pas cuisiner maintenant ? >_>

Je vous le dis donc : soyez malins, lisez cette chronique, et on vous remerciera lorsque perdus dans le désert, vous saurez alimenter votre groupe avec deux cailloux et un morceau de racine non identifiée — et non identifiable, étant donné qu'à cause de la chaleur et du sable, vous aurez perdu l'usage de l'un de vos yeux. On ne sait jamais, peut-être que le skill Cuisine n'est pas une priorité dans le build guerrier, mais dans toutes les autres occasions, cela pourrait grandement vous arranger d'en savoir un peu plus que votre coloc qui tente de draguer la fille de vos rêves (« Je suis un homme moderne, moi, Madame ! Je maîtrise le homard sauce Maître d'hôtel, moi, Madame ! »), que vos potes avec qui vous partez en camping et qui arrivent à brûler tout ce qu'ils préparent, même des pâtes (sisi, j'en ai vu), que votre belle-mère afin de l'épater et de lui dire gentiment qu'elle peut désormais aller crever la bouche ouverte dans un buisson, vous vous en sortez très bien sans ses conseils...

Bref, vous avez compris l'idée.

Et ne faites pas les dépités en arguant de ce que ce thème n'a fichtrement rien à voir avec les geeks. Tout peut s'y rapporter, la preuve, suffit de voir le succès des jeux comme Cooking Mama — pourtant pas très utile au niveau tips : « Mais pourquoi ça ne marche pas quand je fais des gestes désordonnés avec mon couteau ! Ça marchait pourtant bien sur ma DS ! » — qui s'est écoulé à 12 millions d'exemplaires dans le monde ! (communiqué officiel de l'éditeur 505 Games).

Alors faites-moi plaisir, les derniers petits points dont vous ne savez pas trop quoi faire, mettez-les dans la catégorie éponyme de cet article, vous ne le regretterez pas. :3

Entrons donc dans le vif du sujet !

Un plat équilibré et pas trop cher pour les flemmards un-peu-soucieux-de-ce-qu'ils-mangent-quand-même (alias Titre super long qui se traduit par YUM YUM).


Je vous la fais rapide, c'est une recette que j'ai déjà faite au moins une fois à tous ceux qui sont venus manger chez moi, parce que je n'ai jamais trouvé personne jusqu'à présent qui n'aime pas, et que je peux presque la faire les yeux fermés tellement c'est fastoche. Et puis ça a plus de gueule comme nom de plat que « je te fais des spaghettis avec deux kilos de fromage dessus, ça te va ? ».


Le poulet au curry vietnamien et noix de coco

Et commencez pas les bruits de loutre indignée type « de la noix de coco mais jamais de la vie ! », puisque je vous dis que même les gens qui ne supportent pas ça l'ont appréciée !


La liste de courses est celle-ci.

  • 150 grammes de blanc de poulet par personne.
  • Un gros oignon jaune pour deux personnes.
  • Un bouillon-cube de poule.
  • Une petite boîte de lait de coco (on passe à la taille supérieure à partir de 4 personnes).
  • Du curry Madras (j'insiste, tous les curry sont différents et ne se valent pas).
  • Du riz blanc type Basmati ou Thai (mais pas rond).
  • Un peu d'huile (d'olive, c'est meilleur pour la santé).

ET C'EST TOUT.


Et comment qu'on devient Bocuse en trois étapes ? Just like that. Oui la cuisine c'est très sexuel comme truc, mais c'est pas une raison pour l'investir d'une autre manière pendant la préparation, if you see what I mean...

Étape 1
Tu coupes ton poulet et tes oignons en petits morceaux et tu fais dorer tout ça dans une poêle chaude avec un peu d'huile pour que ça n'accroche pas.

Étape 2
Une fois que le poulet est presque cuit — donc blanc sur toutes les faces au moins, mais pas noir, hein, ça c'est brûlé — et les oignons tendres, tu saupoudres bien généreusement de curry. Et tu peux y aller, le Madras est fait exprès pour parce qu'il ne pique pas et n'a pas un goût prononcé comme les autres. Remue bien.

Étape 3
Une fois que tout est bien enrobé de curry, rajoute le bouillon-cube délayé dans 500 ml d'eau brûlante et la boîte de lait de coco. Remue encore. Assaisonne si ce n'est pas assez salé et couvre pendant une demi-heure, demi-heure que tu mettras à profit pour faire cuire le riz (perfect timing, I haz it !).

ET VALÀ ! C'est prêt ! (sans déconner)


Quelques astuces quand même, histoire que tu aies l'air d'un pro jusqu'au bout.

  • Plus les morceaux de poulet seront petits, plus ils cuiront vite (ben ouais, logique).
  • Il vaut mieux faire cuire le poulet avant les oignons, sinon le temps que la viande cuise, il y a des risques que les oignons commencent à roussir.
  • Rince ton riz à l'eau froide avant la cuisson, ça permet de virer l'amidon et c'est meilleur.
  • Si tu laisses la viande mijoter une demi-heure, prévois de lancer la cuisson du riz cinq minutes avant, histoire que durant ce laps de temps, tu aies le temps de rincer, cuire et égoutter le riz (temps de cuisson en moyenne, 12 minutes), qui sera tout chaud pour le reste.


Pour la petite histoire, je tiens à préciser que ce plat vient réellement de mon pays natal.

Et si vous avez suivi l'histoire jusqu'au bout, vous vous rendrez compte que c'est l'exemple parfait pour l'illustrer.

  • Niveau économie, ce qui vous coûtera le plus cher restera le curry, mais un flacon vous servira pour plus de dix utilisations et coûtera en moyenne moins de 2,50 euros. Le poulet est connu pour être la viande la moins chère du marché : à peu près 5 euros pour un demi-kilo de viande. Et le riz eh bien... je crois qu'il n'y a rien à ajouter.
  • Niveau nutritif, le poulet est encore une valeur sûre puisqu'en tant que viande blanche, son apport calorique est moindre qu'une viande rouge. Elle apporte en outre plus d'une dizaine de vitamines et de minéraux et reste une excellente source de protéines complètes puisqu’elle renferme les neuf acides aminés essentiels à l’organisme. Le lait de coco assure l'apport en fibres, ainsi qu'en fer, manganèse et cuivre, mais aussi au niveau des matières grasses, meilleures que celles d'un steack par exemple, au niveau de l'oxydation du gras. Le riz n'a aucun apport calorique mais cale bien, tout en restant un accompagnement sympa. Quant à l'huile d'olive, antioxydante et anticholestérol, que demande le peuple.
  • Niveau goût... Goûtez, et on en reparle après. :p Mais pour avoir fait cette recette à pas mal de personne, dont des gens difficiles — mais si, vous les connaissez forcément, ceux qui n'aiment rien, à part le Coca et les sandwiches du Subway — qui ne supportaient ni le curry ni le lait de coco, ce fut concluant.
  • Question esthétique...

Il ne vous reste plus qu'à tenter le coup ! J'attends vos retours, et si ça vous a plu de ne pas avoir eu à chercher pendant des heures une nouvelle recette à tester qui rentre dans vos cordes, faites-le savoir et je trouverai bien autre chose à vous proposer. Sur ce, GL, HF !