Le jeu de rôle « grandeur nature » (GN), pour ceux qui en pratiquent une version médiévale-fantastique, ça existe depuis les années 70~80 et ça permet de se cogner amicalement entre amis. Ça se rapproche du théâtre d'improvisation, c'est presque du combat, il n'y a pas autant de livres de règles que dans le jeu de rôle sur table et ça permet de trouver une excuse pour sortir dehors — parfois des week-ends entiers — et y passer un bon moment.

Il est fréquent d'y rencontrer des pratiquants d'escrime classique, des pratiquants d'arts martiaux historiques européens — escrime médiévale, pour faire simple — et des pratiquants d'arts martiaux tout court. L'expérience pour ces derniers est autant l'occasion de partager ce qu'ils connaissent que de recevoir l'enseignement des autres… Sans compter que même quand on est ceinture noire en quelque chose qui finit par « do » ou « jutsu », on a beaucoup à apprendre de ceux qui n'ont pratiqué « que » le GN de nombreuses années car ce sont souvent ceux-là qui s'y connaissent le mieux en matière de commandement des troupes. Malgré l'existence de ce loisir depuis plus de trente ans, il y a peu d'écoles d'escrime appliquée au GN et on va découvrir l'une d'entre elles : « Twin Blade ».

D'emblée, on ne peut pas dire qu'il y ait un surplus de modestie.

Qu'est-ce que Twin Blade ?

Twin Blade est une méthode d'escrime appliquée au GN focalisée sur l'utilisation de deux épées soit courtes, soit longues (d'environ 75 à 95 cm). Elle a été créée par Eli Gauthier et s'inspire vaguement du Kali Eskrima.

Durant leur production, les vidéos d'Eli reçoivent le soutien matériel — au moins le prêt des locaux pour le temps du tournage — du fang shen do. Il s'agit une école d'arts martiaux à la réputation douteuse, fondée au Canada en 1979 par Jacques Patenaude. Réputation méritée, puisque dès l'entrée sur le site, le fang shen do vous propose l'apprentissage du MMA, du kung-fu, du kick-boxing, de la self-defense, du travail des armes dont l'Eskrima ainsi que le wing chun, le jeet kune do, le jiu-jitsu, le catch et plus encore ! Et pourquoi pas du poney, tant qu'à faire ?

En sachant qu'il faut plusieurs années de travail et d'entrainement pour arriver à un niveau correct dans une seule de ces disciplines, que chacun a des obligations professionnelles, familiales ou simplement son équipe de Pokemon à améliorer et que ces activités ne sont guère pratiquées plus de quatre à huit heures par semaine, quelle école de sports de combat ou d'arts martiaux sérieuse oserait se revendiquer d'un tel panel d'activités ?

Plutôt qu'un art martial à part entière, le fang shen do semble être le regroupement foutraque d'une multitude de disciplines. Il reste néanmoins connu pour une technique spéciale et secrète : le « Heart Attack ». Le « Heart Attack » ! Ça en jette, pas vrai ? Dit comme ça, ça sonne un peu comme une technique ésotérique venue tout droit d'un monastère tibétain ? S'agirait-il de la technique ultime ? Apprend-on à provoquer une crise cardiaque avec sa main comme dans Kill Bill ? Ou même mieux, par un simple froncement de sourcils ? On l'imagine sans doute enseignée de huitième maître à huitième élève, suite à un examen où ce dernier fait ses preuves en combattant tous ses camarades armés jusqu'aux dents, les mains dans le dos et attaché sur une chaise en plomb. Passé ce combat prodigieux, l'élève soulève la statue d'un dragon millénaire par la seule force de sa pensée. Impressionné, le professeur ne peut que prendre l'élève à part dans une coin reculé du monastère et lui susurrer à l'oreille « Bas, Diagonale, Avant + Poing »… Bref, je m'égare. Et bien non, ça n'a rien à voir.

Le « Heart Attack » est si secret que ses créateurs ont pris la précaution de le retirer de Youtube et de partout ailleurs sur Internet. Il s'agit tout simplement, en cas d'agression, de simuler une crise cardiaque : probablement en convulsant et en tombant au sol. Comme ça, l'agresseur n'a plus qu'à se servir directement dans vos poches ou à vous coller une rouste — bien méritée celle-là — s'il s'aperçoit que vous vous foutez de lui. Malin ? Sachez qu'il est impossible de visionner la vidéo aujourd'hui mais que les témoignages restent lisibles sur les forums des sites Webmartial et Bullshido

Y'a même du poney, je vous dis !

N'en déplaise au troll moyen, une démonstration spectaculaire — mais pas très homogène — de fang shen do peut être visionnable ici. Il n'est pas absolument nécessaire de rechercher le label fang shen do — qui n'a ni signification, ni origine historique — pour apprendre cette méthode de combat : le premier club de silat venu devrait faire l'affaire et être probablement moins onéreux.

Mais assez parlé du maître et revenons-en à l'élève. Il y a fort à parier qu'Eli Gauthier a reçu une solide formation, sinon quelques sérieuses bases, en Kali Eskrima, qui regroupe les techniques d'armes du silat, c'est-à-dire les arts martiaux de l'Insulinde : Indonésie, Philippines, Malaisie. Un bref aperçu du Kali Eskrima peut être visionné ici ou ici, à condition de supporter du mauvais rap ou de la techno bas de gamme. Pas la peine de porter plainte quant à l'état de vos oreilles, vous avez été prévenus.

Soucieux d'efficacité, Eli s'est débarrassé de toutes les techniques inutiles au GN. Le travail aux dagues et aux poignards, armes dont la trop courte portée autorisent juste de se faire fumer par le premier bourrin venu avec une épée à deux mains, a été retiré. Il en a été de même des techniques de désarmement et des clés de bras, interdites en GN. Car n'oublions pas que dans « jeu de rôle grandeur nature », il y a « jeu » avant tout et que ce terme n'est pas synonyme de « combat rapproché ». Ce sont donc trois séries de vidéos qu'a posté le fondateur du style Twin Blade.

Analyse des vidéos de Twin Blade

La première série de vidéos : fondamentaux du combat et conseils louables

Après un travail de synthèse et d'adaptation aux règles et contraintes du GN, Eli poste à partir du 21 février 2012 sa première série de vidéos intitulées MartiaLARP. Au cours de 27 épisodes, entre le placement de produits pour les épées Calimacil et la promotion de son école de fang shen do, Eli enseigne les bases du combat à deux lames. C'est assisté d'Alex et William qu'Eli part des bases — de l'importance d'armer ses coups et d'une bonne position de combat — jusqu'à amener ses disciples au maniement de la double-épée.

Des 27 premiers épisodes, il n'en reste plus que 6. Hormis l'épisode spécial sur la double-épée, le contenu des épisodes en ligne est pertinent et s'avère être indispensable à quiconque n'a jamais tenu une arme blanche de sa vie. Les deux cours portant sur la position de base et l'armement des coups relèvent du bon sens. Bien que difficilement applicable au milieu d'une mêlée, le cours portant sur l'esquive est expliqué intelligemment et rappellera (partiellement) aux pratiquants d’aïkido le taï sabaki. L'utilisation de la poignée est maligne mais reste fortement déconseillée en dehors du GN : les armes en acier ou en bois ne rebondissent pas et ont tendance à glisser jusqu'à la garde. En conséquence, l'attachement de votre index au reste de votre main n'est nullement garantie si vous utilisez « le truc de la poignée » en combat réel.

Si vous faites du GN et que vous n'avez pas encore la moindre notion de combat à l'arme blanche, il est grand temps de combler votre retard en visionnant la première série de vidéos.

Retenez bien le truc de la poignée ! Celui de l'esquive n'est pas à négliger non plus.

La deuxième série de vidéos : « geekologie », rires gênés et blabla inutile

Hormis quelques traces de promotion sur Facebook, il ne reste plus rien aujourd'hui de la deuxième série de vidéos postées à partir du 31 juillet 2013. C'est bien dommage pour vos zygomatiques mais ça permet d'épargner la crédibilité d'Eli. Il y a été question de « geekologie », d'« omnidrill » et même de gagner des niveaux. Parlons-en de la « geekologie » ! Si on se fie à l'étymologie, il s'agirait de la science et de l'étude des geeks, au même titre qu'il existe la sociologie ou la psychologie. Avant visionnage, j'ai cru d'abord à une série de vidéos expérimentales dans lesquelles on allait disséquer un « geek » pour voir comment il était fait à l'intérieur ou bien l'enfermer dans une grande cage avec cinq de ses congénères, pour vérifier si une hiérarchie (dominant, dominé et autonome) s'établirait selon les individus. Je vous renvoie à l'expérience de Didier Desor si le sujet vous intéresse.

Mais la réalité est bien plus condescendante que ça : la « geekologie », c'est l'art de s'adresser aux geeks. Oui, à toi le geek. C'est à toi qu'Eli s'adresse ! Un être forcément incompris de tous, reclus dans son antre et qui passerait les trois quarts de son temps devant l'écran d'un ordinateur et le reste à exécuter des rituels sataniques appelés « jeu de rôle sur table ». Loin de moi l'envie de dénigrer ces activités — le satanisme étant un hobby parfaitement respectable — mais plutôt celle de dénoncer l'attitude de l'auteur. Rassure-toi, le geek, Eli t'a compris car Eli parle le geek. Eli va donner explications à toi à base de D10, de coups spéciaux — comme dans les jeux vidéo, on le précise, au cas où le geek du fond ne suivrait pas — et de vilains hobbits joufflus. Une traduction en « langage geek » forcément nécessaire car il est bien connu qu'on n'est qu'une bande d'autistes ou de mongolos disposant tous de notre fiche de personnage à notre effigie et incapables de tenir une arme si personne n'a eu la bienveillance de nous expliquer que celle-ci était une épée elfique maudite forgée dans les bas-fonds de Minas Morgul causant 1D6+2 dégâts tous les un tour et demi avec une précision de 75 %. Et qu'elle était l’œuvre d'un sorcier-liche prenant son chat pour Chtulhu, tant qu'à faire !

Bref, si je n'ai rien contre une connivence recherchée entre un auteur et un public en glissant quelques quenelles références, je n'aime pas qu'on s'adresse à moi comme si j'étais un putain de cliché. Je n'ai rien contre un clin d’œil discret mais j'aime moins qu'on réclame mon attention avec appels de coude, de pied et d'un gyrophare. À en croire Eli, il s'est décarcassé pour vous. Regarder ses vidéos permet de recoder la matrice à votre avantage et de métamorphoser le sous-déchet d'homme que vous êtes en une fabuleuse créature mi-démon tout flammes, mi-poney tout doux — et re-mi-démon tout flammes derrière. Nul doute qu'avec ses conseils vous ferez du 2D6+2 à main nues et que le prochain régiment de guerriers recouverts de plates et équipés de pavois, d'épées et de lances sera votre goûter.

Cessons un moment de casser Eli et attardons-nous sur le seul truc valable de cette série de vidéos : l'« omnidrill ». Derrière ce terme barbare (omni=tout et drill=forage ?) se cache simplement le concept de vision périphérique. Il s'agit simplement d'exercer celle-ci en cessant de focaliser son attention sur l'adversaire et son arme. Un des meilleurs moyens d'exercer sa vision périphérique reste encore de combattre contre deux ou trois personnes et de regarder au loin sans fixer ni vos partenaires ni leurs armes pendant l'exercice. Voilà, vous pouvez m'envoyer vos dons. Ne me remerciez pas.

Des vidéos les plus inutiles, il ne reste heureusement presque plus rien.

La troisième série de vidéos : retour aux sources et faites chauffer la carte bleue, les amis !

A partir du 4 décembre 2013, Twin Blade fait peau neuve. Il change l'un de ses partenaires : Cœur de Mithril et Mitryl sont préférés à Calimacil. Eli abandonne (à raison) le concept fumeux de « geekologie » et revient au côté martial de la chose. Dans la présentation, Eli survole globalement son émission et précise que les vidéos sont classées selon trois types : plante, feu et eau les leçons initiales, les entrainements virtuels et les pensées martiales. Il change aussi de cobaye pour le sympathique Alex et promet de transformer ce dernier en une machine de guerre ambidextre au fur et à mesure des leçons.

Les leçons initiales sont une rapide présentation de chaque concept propre au combat à deux armes. La première montre un enchainement de six coups conçu pour optimiser la possibilité d'atteindre l'adversaire. La seconde traite de la nécessité de garder ses armes en mouvement lors d'un combat pour conserver un périmètre de sécurité le temps de placer une série d'attaques. La troisième, quant à elle, démontre l'une des limites du style Twin Blade, la bien courte portée des armes, et présente un moyen de la contourner : frapper l'adversaire au niveau des mains. Et ceux qui considèrent qu'une touche au niveau des mains ne compte pas sont des ignorants ou des mauvais joueurs. Les entrainements virtuels sont des applications pratiques des concepts précédemment abordés dans les leçons initiales : à chaque leçon initiale correspond un entrainement virtuel. Il s'agit principalement d'exercices à pratiquer, à pratiquer et à pratiquer encore, ponctués de quelques conseils pertinents : chercher à frapper à travers l'adversaire, c'est ce que vous diront tous les pratiquants et professeurs d'arts martiaux. Enfin, il reste les pensées martiales. Il y est plutôt question de conseils et de généralités pour monter sa future équipe de combattants GNistes ou de la nécessité de ne pas oublier qu'il s'agit de GN donc de s'adapter à l'arme et non de désirer l'inverse. Tout cela forme un ensemble cohérent, les néophytes éviteront bien des écueils avec les conseils d'Eli et les pratiquants plus avancés y trouveront quelques conseils fort utiles. Un ensemble qu'Eli baptise « le style de l'eau », ce qui n'empêchera pas de faire sourire les amateurs de Bruce Lee.

Cependant, si on ne peut pas reprocher à Eli de vouloir nous vendre un peu de rêve par son emphase, le prix auquel il est vendu reste très critiquable. En supplément de tout ce qu'il y a en ligne, il existe pour le moment trois vidéos payantes : les 729 variations, la tempête et les déplacements. Leur durée totale serait d'environ deux heures et sont vendues 141$ canadiens, hors période de promotion. En sachant qu'un dollar canadien vaut 0,75€, Eli vend ses trois vidéos POUR LA MODIQUE SOMME DE 105€. Vous avez bien lu : environ 105€ pour deux heures de vidéo ! En passant, cela donne près de 35€ les 40 minutes de vidéo, soit 0,87€ la minute. NON MAIS OUATE LE FUNK, ELI ?? TU FUMES QUOI ?? Je veux bien croire que tout ton travail mérite d'être payé mais à ce prix-là ?? Tu te rends compte qu'à l'heure où j'écris, un Blu-Ray pour un film de 2 heures, c'est vendu 30€, soit 0,25€ la minute ? Tu t'es servi de quel genre de matériel pour vendre tes vidéos aussi chères ? D'une caméra en platine sertie de perles et trempée dans du caviar ?? Mais assez râlé et entrons dans le vif du sujet, donner la fessée à quelqu'un qui manie deux armes.

Bien sûr qu'Alex est sympathique : il fait ami-ami avec le sac de frappe. Il apprend à enchaîner ses coups, à distraire l'adversaire et à toucher les mains.

Comment mettre sa race à un « Twin Blade » ?

Avant de passer à la pratique, connaître et appliquer quelques principes venus du monde des arts martiaux et de la self-défense devraient vous faciliter la tâche si vous veniez à croiser le fer avec un bougre qui jongle avec deux armes. Le premier principe est l'évidence même : s'il n'est pas simple de manier une arme, il est encore moins aisé d'en manier deux. Dans le feu de l'action, il devient très facile de s'emmêler les pinceaux et de cogner les armes l'une contre l'autre ou de finir encombré avec son arme en trop. En conséquence, si un pratiquant du combat à deux armes bien entrainé peut devenir une vraie plaie, vous ne ferez qu'une bouchée de celui qui se lance là-dedans pour la frime et la tête pleine de fantasmes, dont celui de rosser et faire s'envoler tous ses adversaires à la manière d'un Soul Calibur.

Le deuxième est la connaissance des trois états dans lesquels passera le combattant à deux armes. Il sera en garde, il mettra ses armes en mouvement et il attaquera : rien d'autre, si du moins l'on considère ses parades comme une garde. Tenir sa garde lui permet soit de gérer la distance, soit de parer des coups. Mettre les armes en mouvement — souvent des tournoiements un peu hypnotiques — permet de déstabiliser ou de divertir son adversaire pendant deux à trois secondes. Et frapper permet soit de toucher l'adversaire, soit de maintenir sur celui-ci une certaine pression. Il va sans dire que le pratiquant à deux armes est obligé de passer de l'un à l'autre constamment et que les seuls moyens à sa disposition de tenir l'ennemi à distance sont ses moulinets.

Et on va donc passer à ce principe fondamental venu de la self-défense et le retenir, ça peut servir pour la vie de tous les jours : « une arme montrée sert à menacer, une arme cachée sert à tuer ». Application au GN oblige, ça veut dire que quand le pratiquant de Twin Blade effectue ses moulinets, c'est pour faire peur ou maintenir à distance et quand il est en train d'armer son arme, c'est qu'il va vous frapper. Conclusion : vous tapez et mettez la pression dès qu'il fait ses moulinets. Ça ne devrait pas durer plus de 2 à 3 secondes, alors grouillez-vous ! D'abord, ça devrait le surprendre. Ensuite, n'oubliez pas que c'est quand il essaie de vous déstabiliser qu'il est le plus vulnérable.

Avantages et inconvénients de la méthode

Les avantages de manier deux armes sont à peu près aussi nombreux que les inconvénients. Par exemple, la cadence des coups est élevée mais la portée est réduite. En plus de permettre un jeu très offensif, savoir se battre avec deux armes a une certaine classe. Le revers est que la défense est des plus médiocres : les parades sont difficiles à exécuter et pas toujours bien solides quand il s'agit de bloquer la lame d'une claymore. En disposant de deux armes et en alternant les frappes avec l'une puis l'autre, on multiplie par deux le risque de se faire toucher aux bras. Enfin, si on voit sa force dans la capacité à se déplacer vite pour narguer l'adversaire, ce besoin de mobilité empêche le port d'armures plus épaisses que le gambison.

Le pratiquant à deux armes courtes est le parfait représentant du profil de « l'électron-libre » : un combattant léger et rapide, disposant de deux à quatre fois moins de points d'armure que ses comparses « lourds ». Souvent sélectionné dans les derniers pendant la mise en place des équipes au profit de guerriers plus lourdement équipés, il est pourtant choisi dans les premiers quand il s'agit de se faire pulvériser contre une ligne de boucliers et/ou de lances et autres missions-suicides. Bref, bien entrainé, ça fait toujours un bon duelliste… mais c'est pas garanti qu'il fasse partie des survivants lors d'une mêlée.

Plutôt que de vous mettre des poneys, je vous ai sélectionné quelques duels de GN. Merci qui ?

Les différents match-up

Les différentes situations sont considérées à nombre de points de vie égaux et ne sont que des pistes à creuser plutôt que des recettes miracles. Navré pour les amateurs d'armes courtes, j'ai préféré écarter la possibilité que vous soyez armé d'une ou deux simples dagues tant celles-ci sont inutiles en GN à cause de leur portée et de l'inexistence de véritable combat au corps-à-corps. J'écarte aussi la possibilité que vous soyez armé d'un arc, d'une arbalète ou d'armes de jet (dagues, hache ou boules de feu) tant la solution est évidente. Les situations sont classées de la plus défavorable à la plus favorable.


Vs. épée courte ou longue : il s'agit de la pire configuration possible, surtout si votre seule arme ne dépasse pas en longueur la plus longue de votre adversaire. Si votre adversaire dispose de deux épées courtes, c'est qu'il a un minimum de fair-play et de bon sens. Si par contre il dispose d'une longue en complément d'une épée courte, c'est que c'est un trou-du-cul et un maxi-trou-du-cul s'il dispose de deux longues. Si votre épée est courte ou longue, votre seul avantage est, à mon avis, de combattre comme les escrimeurs classiques en offrant le moins de surface possible de touche. À un-contre-un, si vous êtes armé d'une hache, évitez d'accrocher l'arme de votre adversaire au risque de vous manger un coup très vite… En groupe, faites-le si un camarade peut s'occuper de lui pendant que vous le tenez occupé.


Vs. bouclier + épée : tout dépend d'abord des règles puis de la surface de votre bouclier. Les chances sont en votre défaveur si les frappes au bouclier sont interdites et un peu moins en votre défaveur si autorisées, votre bouclier offrant moins d'allonge que son arme. Évitez d'effectuer des charges de rhinocéros qui, une fois contournées, font de vous un adversaire facile à vaincre.

Si vous disposez d'un pavois ou d'une goutte normande, affronter un disciple d'Eli ne devrait pas poser de difficulté majeure tant que vous restez prudemment caché derrière votre porte de garage. Faites attention dans le cas où vous auriez en main une goutte : vos jambes seront moins protégées, gaffe aux fauchages. Inutile de gâcher toutes vos forces dans la bataille et soyez malin : vous affrontez un adversaire très offensif, alors laissez-le s'épuiser et jouez plutôt en contre.

Si vous disposez d'un « buckler » — un petit bouclier rond, d'un diamètre ne dépassant pas les 45cm — navré de le dire mais vous êtes dans la merde. Votre bouclier offre peu de surface de protection mais vous offre une meilleure visibilité. En conséquence, usez de votre bouclier de manière agressive en cognant celui-ci dans la poignée ou la main de l'adversaire. Et tapez sur celui-ci une fois l'une des armes écartées.

Si vous disposez d'une rondache, d'un écu ou d'un bouclier ovale, jouez sur le fait de disposer d'un bouclier intermédiaire et servez-vous en de manière offensive et défensive. Il va falloir donc user intelligemment de votre bouclier en masquant de temps à autre sa vue, en le tenant tour à tour près et éloigné de vous pour fausser sa perception et en dégageant régulièrement ses armes pour vous autoriser à frapper. En plus d'être apte à lever et baisser le bouclier rapidement, apprenez aussi à lever la papatte pour éviter de vous faire faucher bêtement. Et si c'est autorisé, tapez-le avec votre bouclier — la face ou le bord, au choix — en visant ses mains : un coup assez fort pourrait le désarmer et jetez-vous sur lui dès qu'il a une arme au sol. Avec une hache, évitez toujours d'accrocher l'une de ses épées… sauf si les coups de bouclier sont autorisés.


Vs. deux épées : les conseils d'Eli étant suffisamment bien fichus, il vous sera juste demandé de faire pareil que votre adversaire mais en plus rapide, en plus souple et en plus fort. Bref, en mieux. Si toutefois vous êtes plus à l'aise avec une dague et une rapière, tenez-vous encore à ce que votre professeur d'escrime vous a enseigné. Si vous disposez d'une ou deux haches, accrochez et écartez l'épée de votre adversaire le temps de lui asséner quelques coups, puis reprenez vite votre garde.


Vs. lance, bâton ou arme d'hast : l'allonge qu'offre une lance est un avantage énorme (jusqu'à 2,30m) mais une fois la distance cassée, vous devenez vulnérable. Tenez donc en respect ce type avec les deux épées courtes, sinon vous allez avoir des problèmes. N'hésitez pas à user de votre arme comme d'une queue de billard pour fausser la perception des distances, alternez constamment la hauteur de vos frappes. Et faites bien attention à ne pas vous faire contourner. Si l'adversaire s'approche trop, vous pouvez éventuellement vous servir de votre arme comme d'un bâton, en posant vos mains à chaque tiers de l'arme, pour le faire reculer… Mais il faudra vous entraîner à travailler le passage d'une tenue à une autre avant que ça devienne efficace.

S'il s'agit d'une hache à deux mains, servez-vous-en tour à tour comme d'une lance et d'une épée longue, mais faites attention à la portée réduite de votre arme (environ 1,50m pour la hache danoise contre 1,80m à 2,30m pour une lance).


Vs. épée à deux mains ou bâtarde : l'allonge d'une épée à deux mains, la force développée par le bout de l'arme, qui peut casser sans mal les parades, et la facilité à enchaîner les coups devraient vous avantager nettement. Allongez votre arme vers votre adversaire pour l'éloigner et rapprochez-la de vous pour qu'il se rapproche et comme un poisson, pêchez-le ainsi. Malgré ça, c'est durant le très court intervalle entre deux coups que vous êtes le plus vulnérable. Faites donc attention à bien gérer vos distances à chaque fois que vous armez vous coups, c'est à ce moment que vous risquez de vous en manger un. N'hésitez pas à faire quelques moulinets pour le tenir éloigné ou le déstabiliser un moment. Si vous disposez d'une bâtarde ou de quelque chose de longueur similaire (rapière, katana), servez-vous-en tour à tour à une main et à deux, histoire de varier les distances, comme votre professeur d'escrime classique, médiévale ou de kendo vous a montré.

SPOILER ALERT : le personnage à droite va prendre très cher !

En conclusion, il vous était promis selon le site Twin Blade d'apprendre à « triompher dans les GN comme si vous étiez le héros d'un film épique ». Si je ne doute pas de la solidité de ce que vaut le combat à deux armes dans le cadre d'un duel, je crains que n'avoir ni allonge, ni protection fasse de vous un combattant léger considéré comme du menu fretin. Mal employée, une troupe de combattants légers sera envoyée se fracasser bêtement contre des lignes de lances et de boucliers — derrière lesquelles sont peut-être planqués des archers — au prix de lourdes pertes. Utilisée intelligemment, elle servira pour protéger l'arrière d'une troupe plus lourde, harceler ou contourner des adversaires peu mobiles. Nul doute qu'armé comme tel, vos actions feront de vous un héros, dans le sens où vous serez l'un des premiers à tomber…

Pour finir, n'oubliez pas quatre choses :

  1. que le GN, même quand il devient brutal, reste un jeu ;
  2. que l'apprentissage d'un style quelconque ne vous rendra jamais invincible car, quelle que soit l'arme que vous pratiquez, il y a toujours une faille et vous finirez toujours par tomber sur meilleur que vous ;
  3. qu'au-delà des capacités individuelles en combat, ce seront toujours la cohésion et la discipline au sein d'un groupe qui feront pencher la balance en sa faveur ;
  4. et qu'un bon GN, c'est comme le pillage d'une abbaye : ce ne sont pas tant la victoire et le butin rapporté qui comptent mais plutôt le moment passé avec les potes.

Voilà, c'est fini… CUSTODES !