Aujourd'hui, je sors de ma réclusion pour partager mon savoir et je vais vous parler d'un film un peu particulier. Il s'agit de Starship Troopers de Paul Verhoeven, sorti en 1997. Verhoeven est connu pour deux choses : ses films d'anticipation comme RoboCop ou Total Recall — la version de 1990, pas le scandale de 2012, hein ! — et ses films zarb comme Basic Instincts. Starship Troopers est plus ou moins une adaptation, on va dire « librement inspirée », du livre éponyme — enfin en français, c'est Étoiles, garde-à vous !, mais bon... — du grand auteur de science-fiction Robert A. Heinlein. Je vous conseille d'ailleurs de lire Révolte sur la Lune de ce dernier, c'est de la bonne anticipation, très datée, mais toujours aussi agréable à lire. Mais revenons à nos troopers.

C'est catchy hein?

Il s'agit d'un pur film de SF et, plus précisément, d'un space opera, genre en perte de vitesse pendant une bonne décennie mais qui va peut-être revenir sur le devant de la scène, avec les sorties récentes de Star Trek et Prometheus, même si ces derniers ne sont pas réellement des space opera, et la sortie prévue d'un nouveau Star Wars. J'ai peur pour l'avenir de ce genre, personnellement, mais on verra bien. Enfin bref. Les effets spéciaux sont très bons pour l'époque — le film a reçu un oscar pour ça — et même aujourd'hui ils passent très bien, d'autant mieux que l’absence d'image de synthèse toutes les deux secondes donne au film un aspect organique et « vivant » très appréciable, dans un style complètement opposé à celui de Sucker Punch. Je dois admettre à ma (courte) honte ne connaître aucun des acteurs, à l'exception du phénoménal Michael Ironside. Vous savez, celui qui joue aussi l’homme de main dans Total Recall et qui est, comme à son habitude, à la fois flippant et terriblement badass. Lors de sa sortie, le film a reçu de bonnes critiques mais a été un relatif échec au box-office. Certains critiques ont cependant jugé utile de montrer leur incompétence en qualifiant ce film de néonazi et d'antiaméricain. Comme quoi, être capable de comprendre le second degré, ça sert. En effet, le fait que les officiers aient des costumes semblables à ceux de la Gestapo n'est pas une apologie du nazisme...

Le contexte

Comme vous vous en doutez, le film se déroule dans un futur indéfini où l'humanité a plus ou moins conquis l'espace. D'autres planètes ont été colonisées mais la Terre reste le berceau de la civilisation et la planète mère. Donc un futur relativement proche, à la différence de Fondation ou Dune, par exemple. L'humanité est unie grâce à la Fédération Humaine, où seuls ceux ayant effectué leur service militaire optionnel de trois ans sont considérés comme citoyens et ont donc le droit de voter. C'est beau la démocratie censitaire, pas vrai ? L'armée recrute en masse, grâce à des médias inquiétants et des spots publicitaires dignes de l'âge d'or de la propagande soviétique. Ah, et accessoirement, il faut être citoyen pour accéder à la plupart des métiers un peu glorieux ou bien payés, ça aide pas mal à recruter. De plus, on a découvert que certains humains avaient des capacités psychiques, consistant en gros à être télépathes et à pouvoir sentir les pensées ou sentiments des gens. Mais pas de prescients, ça aurait été pratique pourtant. Ces capacités sont appelées capacités psy, aussi, je me contenterai d'utiliser le terme de psyker.

De plus, l'humanité est en guerre contre les Arachnides, une race extraterrestre très semblable aux tyranides de 40K : des légions de bestioles décérébrées mais avec un esprit de ruche les guidant. Vu que le film et les tyranides sont sortis à peu près en même temps, je serais incapable de dire lequel a influencé lequel mais je tendrais à penser que le film a inspiré la création du Grand Dévoreur. Et au passage, les troopers ressemblent terriblement aux gardes impériaux. Donc, l'humanité est en guerre ouverte pour le contrôle de nombreuses planètes et décide d'attaquer Klendathu, la planète mère des Arachnides, suite à une attaque sur la Terre. En fait, les Arachnides peuvent cracher du plasma dans l'espace et ainsi dévier les météorites pour les envoyer là où ils veulent, genre, au pif, sur la planète mère des petites créatures qui viennent les emmerder. Je sais pas pour vous mais moi, j'adore cette idée. Du coup, les Arachnides décident de faire une surprise-party météore sur Buenos Aires, qui est rayée de la carte. Plus de soja OGM pour nourrir nos vaches, dammit !

Que quelqu'un ose me dire que ça ressemble pas à un essaim de gaunts !

Le film suit trois amis, qui ont pris des chemins différents dans l'armée : un colonel psyker, une pilote et un troufion de base nommé Rico, qui participent tous trois à l'attaque de Klendathu. Enfin, le colonel, lui, il supervise de loin. Faut pas croire, il a une vie à construire et une carrière à assurer. Bref, l'attaque est lancée et faut avouer une chose, ça poutre. Les Arachnides massacrent des humains de manière violente et sale, à coups de griffe et de mandibule, et de plasma incandescent, occasionnellement, et les humains se font plaisir en faisant des multi-frag à coup de flingues chelous — mais à énergie cinétique, pas des lasers — et de grenades. On a même droit à un bombardement de napalm. \o/ L'attaque est un échec monumental et la Fédération décide donc de nettoyer les planètes environnantes et, si possible, de capturer un « cerveau ». Pas de vaisseau-mère Arachnide, mais y'a probablement une bestiole synapse quelque part qui supervise la horde. Ils ont même pas de vaisseaux, en fait, je suppose qu'ils envoient leurs œufs dans l'espace en espérant que ça tombe sur une planète viable, en Hamilton-style. Mais je m'égare, nos héros se retrouvent donc sur la Planète P pour choper un de ces cerveaux. Et là, ça part encore plus en sucette. Je ne vais pas vous dévoiler la suite.

Une critique

Mais bien plus qu'un film de déboitage en règle d'aliens, ce film est une critique. Et même une critique super violente. Et très vaste. Il tape (en gros) sur la guerre — ouaip, ce film fait partie des films de guerre pacifistes — les médias, le système économique, la société de consommation et même sur le faux héroïsme militaire. Ah et, bien évidemment, sur Hollywood aussi. Et là où ça devient drôle, c'est que ce film fait quasiment l'apologie de tout ça. Seulement, ces aspects sont tellement exagérés, filtrés à travers une ironie acide, que ça en devient une critique d'autant plus violente. D'où l'utilité de comprendre le second degré, à nouveau. Cette ironie est notamment amenée par une foultitude de clichés subtilement dosés, autrement dit des clichés tellement scandaleux qu’ils feraient pâlir de honte Michael Bay. Par exemple, le rôle de Jean Rasczak, un prof de philosophie morale — je sais, rien que ça c'est super malsain — qui est également lieutenant à ses heures perdues, montre toute la violence de la société, l’endoctrinement qui en résulte, même si lui-même a du recul, et l'absence de réflexion de la société. En tant que prof, il est extrêmement critique sur la fédération mais en tant que soldat, il se contente d'obéir. Et surtout, surtout, c'est Ironside avec une freaking main en métal !

Ironside. Tout est dit.

Mais parlons de manière un peu plus précise des petits détails qui changent tout. Le spot de propagande de la fin présente des scientifiques qui « étudient » l'ennemi : le cerveau, qui a été capturé entre temps. Comprenez qu'ils le torturent, purement et simplement, en lui enfonçant des grands trucs pointus dans le corps : c'est typiquement le genre de scène que l'on peut interpréter à plusieurs degrés. Le premier, les aliens ont été vaincus, c'est des méchants, faut les faire payer, et le deuxième, on se fout de la gueule de l'hypocrisie scientifique. Je pense que vous pouvez comprendre tous seuls ce que cette scène peut avoir de gênant pour la vision qu'elle donne de l'Humanité. Ah et j'ai oublié de préciser mais au début du film, ils dissèquent des Arachnides en cours de bio.

Un autre point intéressant est celui de la cause de la guerre, qui n'est pas explicitement donnée. Le premier degré, les aliens ont tenté d'attaquer l'humanité, qui a alors riposté pour se protéger. La scène de destruction de Buenos Aires va dans ce sens car c'est elle qui déclenche la guerre ouverte. Cependant, il est clair dans le film que la guerre a débuté bien avant, même si l'ampleur n'en était pas la même. Et en réfléchissant un peu, on trouve une explication simple et logique avec l'univers présenté par le film. L'humanité colonise la galaxie et donc, quand elle arrive sur une planète viable, comme par exemple Klendathu la planète des Arachnides, elle se débarrasse de tout ce qui gêne. Demandez aux natives d'Amérique du Nord si vous pensez que ce scénario n'est pas crédible. Ce qui inclut des monstres insectoïdes de deux mètres de haut. Sauf que comme pour Little Big Horn, parfois, l'envahisseur se rend compte que ce qu'il a commencé à exterminer n'est pas vraiment d'accord et qu'en plus, dans le cas présent, les fameux monstres sont intelligents. Et que donc, ils se défendent. Bien évidemment, plusieurs éléments appuient cette théorie mais il n'y a rien d'explicite pour la confirmer ni bien sûr pour l’infirmer. Cependant, vu l'esprit du film et ses méthodes, avec tout dans le second degré et les non-dits, cette explication est tout à fait valide, à défaut d'être validée « officiellement ». Les humains sont les méchants : rien d'exceptionnel ni de novateur mais c'est un peu plus subtil qu'Avatar. Et encore, dire « méchants », c'est trop simpliste. Ils colonisent, tuent, mais ça reste les humains, qui se soucient de leur foyer et de leur famille, qui veulent vivre et aimer. Les humains quoi, ce truc complexe que les philosophes et les scientifiques essaient de comprendre depuis des millénaires. Sans succès.

Pour finir

Ce film nous conte une histoire d 'épuration ethnique, ni plus ni moins, ou en tout cas, c'est comme ça que je le vois. Et il le fait de manière assez subtile, car il ne le dit pas. De plus, le film est drôle, bien fait, et malgré tout terriblement badass. À vous de choisir si vous voulez le considérer comme une critique musclée, dans le fond comme dans la forme, ou comme un film d'action space opera avec un réel propos derrière. Dans les deux cas, c'est un bon film, agréable à regarder, et plus vous vous pencherez dessus, plus vous verrez qu'il est beaucoup plus complexe que ce qu'il paraît à première vue. Bon visionnage !

Euh... en fait c'est pas fini

Starship Troopers a eu trois suites dans les années 2000. Très inégales, dans leurs thèmes comme dans leurs réalisations. Je vous en présente une rapide analyse, en essayant de ne pas trop spoiler cette fois.

Starship Troopers 2 : Hero of the Federation

Je vais être direct : ce film est une bouse intersidérale ! Premièrement, c'est une espèce de survival pourrave dans une tour, deuxièmement, il est mal fait et troisièmement, il viole complètement l'esprit du premier film. Si vous avez lu la première partie de cet article — si ce n’est pas le cas, je sais pas pourquoi vous lisez celle-là, mais bon... — vous devriez avoir compris que le but premier de Starship Troopers n'est pas d'être un film d'action mais que cet aspect est bien une caractéristique secondaire. Or, dans Hero of the Federation, c'est l'inverse. La qualité déprimante du scénario n'a d'égale que celle de la réalisation, sombre, tremblante et atrocement molle. Tout le film tourne autour d'une infiltration über prévisible des Arachnides dans la tour. Les scènes de cul sont trop nombreuses pour être simplement un effet de la liberté de mœurs du premier volet mais sont bien là pour essayer de garder le spectateur un peu plus longtemps. Et au passage, fuck la subtilité, les officiers disent eux-mêmes qu'il leur faut de « la chair fraîche pour le broyeur » et que leur rôle est de choisir quand les soldats vont mourir. Bravo pour le second degré les mecs ! Tout est lourd dans ce film, autant le jeu des acteurs que la pseudo-critique qui essaie piètrement de faire un pont avec le premier opus. Ben oui, parce que les personnages du premier n'apparaissent pas dans Hero of the Federation.

Starship Troopers 3 : Marauder

Bon, ce film retrouve les thématiques du premier et la réalisation est propre. Les Arachnides sont parfois en images de synthèse, ce que je trouve dommage, mais on fait avec. La bonne nouvelle, c'est que honnêtement ce film est pas trop mauvais. En fait, il regorge de bonnes idées mais elles sont exploitées de manière trop directe, sans le subtil dosage du premier. Par exemple j'aime beaucoup l'idée du Sky Marshall (le plus haut gradé) rockstar qui chante à la gloire de la Fédération.

Un des thèmes principaux de cet épisode est la religion, rejetée par la Fédération — et punie de mort si elle s'ajoute au pacifisme et qu'on le fait trop savoir mais bon, c'est de bonne guerre pas vrai ? Le film présente une scène à l'ironie fabuleuse, où deux femmes prient Dieu d'envoyer un ange les sauver mais c'est ce bon vieux Rico qui débarque dans un Dreadnought. Et on a droit à un gros plan sur une gatling en train de mitrailler, avec la prière en fond sonore. Voilà une critique à la fois subtile — enfin pas tant que ça, mais au milieu du film elle passe presque inaperçue en fait — et constructive. Et à la fin, la Fédération accepte : A) Dieu existe B) Il est dans notre camp C) Il veut qu'on gagne. Voilà un bon gouvernement opportuniste qui a compris que s'attribuer les croyances du peuple est plus efficace que de les brimer ! Ce film est empli de bonnes idées comme celles-là, mais dans l'ensemble, la subtilité fait défaut. Pour finir, je vous conseillerai de voir ce film malgré ses imperfections.

Starship Troopers 4 : Invasion

Bon alors là... que dire. C'est un bon film, franchement. Mais c'est pas un Starship Troopers. Il est entièrement en images de synthèse, très belles et très fluides (Japan superior), mais l'identité graphique de la série est complètement absente. Les armures, notamment, n'ont rien à voir avec les précédentes. En fait, seuls les Arachnides sont semblables. Même les trois personnages principaux du premier ne sont reconnaissables que grâce à leurs noms. De plus, zéro réflexion dans ce film, zéro critique. Et pourtant... ben ça poutre. Authentiquement. Imaginez une escouade de marines en armure à la Master Chief de Halo, bloquée dans une épave spatiale sombre et inquiétante à la Metroid — je pense à Prime 3 et à Fusion en particulier — et bataillant hardiment contre une infestation tyranide. J'ai réussi à caler Halo, Metroid et 40K en parlant de ce film, ça devrait être une motivation suffisante pour que vous le téléchargiez immédiatement. Pas le film du siècle mais le scénario n'est pas mauvais. Même s'il manque des subtilités du premier et qu'il est assez simple, voire simpliste, le film reste beau visuellement et bien rythmé. Un peu comme Advent Children, quoi : le scénar de toute façon, on s'en tape, on veut juste des gros monstres en images de synthèse et des super-soldats tout aussi synthétisés qui se foutent sur la gueule. Oubliez juste qu'il s'agit d'un Starship Troopers et ça passera impec !