Le costume, ou costard comme la plupart des gens le nomment, est bien plus qu’un simple habit. Il y a plein d’actions quotidiennes qui prennent un tout autre sens quand on porte un costard. L’habit en lui-même est plutôt confortable, contrairement à ce qu’on pourrait penser, donc ces changements n’opèrent pas sur le physique ou sur les gestes mais bien sur les attitudes et la manière dont elles sont perçues.

En gros, même si vous êtes un type bien, les gens vous prendront pour ça. Enjoy.

Avant tout, sachez que je vous ai menti en disant dans ma présentation que je ne sortais que pour hanter les rues pendant la nuit, je suis également en mission pour la Pelle. Et cette mission, c’est de hanter également le milieu étudiant. Et pas n’importe lequel, le milieu étudiant d’école de commerce (personne n’est parfait). Dure mission s’il en est, surtout pour ma santé mentale déjà déficiente, mais je m’en acquitte comme je peux. Enfin, tout ça pour en arriver au fait que je doive souvent porter ledit costard et que donc je parle de ce sujet en connaissance de cause.

Premièrement, il y a un sentiment bizarre d’être en costard. D’un côté, on a la classe — enfin, après, ça dépend du costard, de comment on le porte, du détachement avec lequel on le porte, etc. — combiné à un malaise étrange. Ce malaise, c’est celui d’avoir l’impression d’être quelqu’un d’autre, une sorte de businessman orgueilleux et pédant. D’où l’importance de le porter avec détachement, ça limite ce sentiment fort désagréable. Un mélange à la fois plaisant et déplaisant, très étrange.

Ce sentiment de ne plus savoir qui on est nous fait également changer notre comportement et nos attitudes, de manière parfois imperceptible ou inconsciente. Mais pour certains trucs, ça change vraiment tout. Pour manger, par exemple. En effet, quand on est en costard, on ne peut pas manger normalement, parce qu’on est dans la merde si on le tache. Mais en y réfléchissant, c’est quoi ce délire ? Cet habit n’est pas suffisamment raide pour nous gêner pendant qu’on mange, alors pourquoi faire plus attention que d’habitude ? Honnêtement, on se tache jamais les jours « normaux », où on est pas en costard. Mais voilà, on est victime de la costarification et on mange en faisant super gaffe. Et du coup bien sûr, les seuls moments où on se tache sont les jours de costard. La loi de l’emmerdement maximum va de pair avec le port de cet habit, croyez-moi.

Si la costarification a des effets sur nous, elle en a également sur notre entourage. Comme si c’était pas assez la galère comme ça. Quand tu portes un costard, les gens que tu croises — les inconnus, par exemple dans la rue, pas les amis bien sûr — te prennent instantanément pour un « connard de businessman orgueilleux et pédant ». Je vous donne un exemple simple. Pour aller au taf, je passe devant un lycée et généralement je m’en grille une sur le chemin. Donc, assez régulièrement, un lycéen essaie de me gratter une clope. Normal. Généralement, je suis à la bourre et je refuse. Pas de problème. Mais la dernière fois que ce scénario s’est déroulé, j’avais un oral à passer dans la matinée. C’est-à-dire que je portais mon costard. Et là, le lycéen, au lieu de rien dire comme tous les autres lycéens des fois précédentes, il m’insulte. « Nan mais c’est bon le mec, il se la pète avec son costard, il peut pas lâcher une clope ! » Le lycéen a été touché par la costarification. Cette situation, parfaitement normale et quotidienne, prend un sens totalement différent pour lui, juste parce que je porte mon putain de costard. Sachant que j’ai pas demandé à le porter, moi !

Pour conclure, avant d’avoir des préjugés sur le mec en costard que vous venez de croiser, pensez à moi. Peut-être que ce mec n’a pas le choix et que ça l’emmerde profondément de pas pouvoir porter son jean habituel. Pas la peine de rajouter une couche à sa misère. Après, si le mec s’avère être réellement un connard, rappelez-vous qu’il n’a pas besoin de porter un costard pour en être un.