Comme d'habitude, c'est un élément déclencheur qui m'a lancé sur la voie de ce nouvel article. Ce n'est donc pas une bataille qui me tient particulièrement à cœur mais plus un songe du moment. Suite à une énième discussion sur le sujet avec des collègues, je me suis dit que ça pourrait faire un bon article, après leur avoir pourri la tronche de mes arguments gros comme des avions.

Sujet chaud et glissant qu'est la bataille entre les pro-VO et les pro-VF. Il y a plein d'autres sujets chauds et glissants mais vous êtes trop jeunes les p'tits loups, désolé.

Je vais donc reprendre quelques uns des arguments les plus courants des pro-VO et vous montrer que, dans la grande majorité des cas, ils sont bidons. Si vous êtes pro-VF, vous pourrez, après avoir lu cet article, rire au nez des hipsters et autres cul-cul la praline qui ne jurent que par la VO histoire de faire genre « Aille'm euh trou bilingue mozeurfockeur » ou sinon « je suis un ouf moi, j'attends pas que les films sortent en français, je les matte en VO, je suis un vrai rebelle ».

Dans cet article, y'aura du troll, y'aura des blagues salaces, y'aura des bourre-pif dans le pif, je mettrai quelques mots anglais lorsque ce n'est pas nécessaire pour emmerder Dominus et je vais même essayer de caler un point Godwin. Alléchant n'est-ce pas ?!

Je mets mes pieds où j'veux... et c'est souvent dans la gueule des pro-VO !

On a tous dans notre entourage des personnes qui ne jurent que par la VO. Non, en fait, c'est un peu excessif. Disons des personnes qui préfèrent si possible regarder des films et séries en VO, parce que c'est beaucoup mieux que la VF toupourie. Moi, ces gens-à, ils me font bien rigoler. Ce n’est pas que je trouve ça stupide de préférer la VO. Je respecte ceux qui le font pour de bonnes raisons. Ce qui me gène, c'est que dans la grande majorité des cas, les gens préfèrent la VO principalement par ce que ça fait « genre ». Il suffit d'en discuter avec ces personnes pour se rendre compte que ce n'est pas vraiment une question de goût ou de praticité mais bien du snobisme intellectuel. Pas besoin d'avoir fait maternelle sup' maternelle spé' pour s'en rendre compte, il suffit de poser ouvertement et librement la question que ces personnes ne se sont visiblement pas assez posée, « Pourquoi tu préfères la VO ? ».


La réponse la plus courante est à la fois la plus débile (Cocorico \o/) : « parce que la traduction en VF est bidon ».

À moins d'être bilingue ou de parler couramment la langue originale, la traduction ne peut être reçue comme argument valable. Pourquoi ? Principalement parce que les sous-titres sont une traduction des dialogues du film. Au même titre que la traduction des dialogues, celle des sous-titres est mauvaise, souvent fausse et inexacte. Regardez n'importe quelle série ou n'importe film en vaustreufreu pour vous en rendre compte. D'abord il y a les expressions qui ne sont pas les mêmes, genre « freeze », « no way », « leave me alone » qui ne pourraient être traduites littéralement ou encore des « definitively not » qui n'auraient aucun sens si on traduisait par « définitivement non » ou bien des « because I just am » ou des « hurtin' pain » (douleur douloureuse) qui avouez-le, sont difficilement traduisibles tels quels.

Le pire, ce sont les blagues ou les jeux de mots, qui ne méritent tout simplement pas d'être traduits. Les traductions ne sont donc un problème que si on lit les sous-titres. Or on connaît le niveau des Français en langues étrangères et on sait bien que Paul et Luc lisent les sous-titres. Moi-même, je l’avoue, il m’arrive de mettre les sous-titres dans certains films tellement certains acteurs sont imbitables. Et puis d'ailleurs, pourquoi on regarde les films anglais et américains en VO et pas des films allemands, italiens ou norvégiens ? Je ne vois pas pourquoi la traduction serait meilleure. Le pire, ça doit bien être le japonais. Alors ok, pour les puristes, je veux bien qu'on kiffe regarder les mangas en VOST. Mais ce n’est pas une question de traduction. De toute manière, en japonais, pour « verger » on dit « Okorinovasétédéma », et pour dire « le petit cheval de manège » on dit « Shibu ».

En plus, au cinéma, l'écran est tellement grand que pour lire les sous-titres il faut faire des aller-retour de gauche à droite sans cesse. Autant dire qu'à la fin du film, on a soit un torticolis soit la gerbe. Et en plus on manque la moitié des images à l'écran.

Exit donc l'excuse de la traduction, sauf si on regarde sans sous-titres.

Mais, qu’entends-je ? Un pauvre fou dans l’audience ose se faire remarquer ?!

— « La traduction des sous-titres est souvent meilleure que celle de la VF. Tout simplement parce que dans le cas de la VF, il y a un « temps de parole » qu'il faut respecter. Une longueur de phrase obligatoire, si tu veux, et donc des traductions plus difficiles que pour les sous-titres, qui n'ont pas ce problème. »

Je n’ai même pas à intervenir que son voisin lui maroufle le museau.

— « Ton argument est faux. Un sous-titre doit tenir en deux lignes maximum, parce que la lecture est plus lente que la compréhension orale, surtout s'il y a le bruit de fond de la VO qui vient parasiter. Donc la traduction des sous-titres est au moins aussi contrainte que celle de la version parlée. »

Voilà que je n’ai même plus besoin de réfléchir par moi-même, la classe !

Le métier de traducteur n'est pas tous les jours facile.

Passons à une autre réponse assez courante : « les voix sont meilleures en version originale ».

FAUX ! Dr House a une voix de merde en VO, l'intro de Fallout 3 est mieux en VF, la voix de Randy est mieux en VF, la voix de Sheldon est inbitable en VO...

Tout ça, c'est sans doute une question de goût mais surtout une question d'habitude et de cohérence. Qui regarde à la fois un film en VO et en VF ? Et même si ça arrive, et j'y reviendrai, la logique voudrait qu'on regarde un film du début à la fin soit en VO soit en VF. Et en ce qui concerne la cohérence, à moins de tomber sur un gros nanar, les voix de filles sont des voix de filles et celles des hommes des voix d'hommes. Voire, on fait appel à des sosies vocaux pour les acteurs les plus connus. Alors certes, il reste le cas horrible des petits garçons doublés par des femmes dans les séries américaines mais, après tout, c’est juste des mômes, c’est pas très important.


Dernier exemple de réponse : « c'est pour pas devoir attendre la version française ».

C'est sans doute la seule raison à peu près valable, même si elle paraît être la plus stupide. Elle a le mérite d’être honnête et d’avoir un intérêt pratique, surtout lorsqu'il s'agit de notre série préférée. Mais là encore, j'ai trop souvent entendu ce genre de sottises :

Gourdasse : « T'as les derniers épisodes de machintruc saison 2 ? »
Jean-Beauf : « Wai, je les ai tipiak hier, regarde, c'est dans mon disque dur. »
Gourdasse glisse un œil dans le disque dur et s'exclame :
« Ha mais y'a pas les sous-titres, c'est naze. »

Je suis sûr que ça vous rappelle quelque chose, n'est-ce pas ?! Alors comme ça on veut regarder les séries avant tout le monde — donc en VO — mais la présence des sous-titres, aussi mauvais soient-ils, est indispensable ?! Dites voir, vous avez pas l'impression de vous foutre de la gueule du monde là, par hasard ?

Je rajoute une petite parenthèse sur l’importance des sous-titres. Si on ne comprend pas l'anglais, je ne vois pas l’intérêt de vouloir absolument voir des films et séries en VO. Si on passe son temps à lire les sous-titres, on n’écoute pas ce que disent les acteurs, on ne remarque pas les fautes de traduction et on ne progresse pas. Ça aussi, c'est une réponse bidon qui revient de temps en temps. « C'est pour parfaire mon anglais. » Bah oui bien sûr. Si vous voulez parfaire votre anglais, ou n'importe quelle langue d'ailleurs, il faut de bonnes bases et regarder l'œuvre sans sous-titres !!! J'insiste. Le prochain que j'entends se plaindre qu'il manque les sous-titres sur une série ou un film en VO se prend une quenelle de 73 dans la margoulette.

Tu vois, le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé et les pro-VF.

Mais arrêtons quelque peu de casser du sucre sur le dos des pro-VO car, même si dans le tas il y a un bon paquet de chafouins qui répètent à la lettre les argumentations ultra-convaincantes qu'ils ont entendues par le passé, il existe de vrais puristes de la VO qui ont de bons arguments.

Moi, le truc de s'imprégner du travail artistique de l'auteur, tout ça, tout ça, ça m'en touche une sans faire bouger l'autre. Mais je comprends qu'on puisse vouloir à tout prix profiter d'une œuvre d'art dans sa version originale. Ce serait comme avoir un super tableau à la maison, mais en version poster. Clairement la loose !

Reste la place de l'art dans les films d'aujourd'hui. On ne m'enlèvera pas de l'esprit qu'au moins 95% des films produits, projetés ou retransmis aujourd'hui en France ne sont pas vraiment des œuvres d'art mais plutôt des opportunités financières.

Une bonne raison de vouloir regarder des films en VO, c'est bien sûr de se préserver d'un mauvais doublage et c'est un point sur lequel je vais rejoindre les pro-VO. En effet, malgré quelques exceptions, la majorité des performances des doubleurs n'est pas aussi bonne que celle des acteurs. Que ce soit au niveau des émotions transmises, du ton ou de la justesse de la voix ou encore de la cohérence entre le personnage et la voix choisie. Attention tout de même car, de façon générale — owi, je sais que vous aimez ça les préjugés et les généralisations — la qualité du doublage dépend du budget de l'œuvre — et quand je dis « œuvre », c'est pour simplifier hein ?! J'utiliserai le terme « d'œuvre » pour désigner aussi bien le dernier Almodovar que la série Esprits criminels — mais également des acteurs. Certains acteurs connus ont leur doubleur attitré dans chaque pays. S'il s'agit d'une grosse production avec des acteurs connus, on peut donc s'attendre à un doublage de bon niveau.

Sauf que, là où les doublages sont les plus pourris, c'est généralement dans les films de merde ou les séries à la mords-moi-le-nœud. Du coup, même s'il n'est pas nécessaire d'en rajouter une couche, le jeu d'acteur, les dialogues, le scénario et j'en passe sont déjà tellement passables qu'on peut se permettre l'impasse sur les voix originales. Le môme qui joue le fiston de Jim Carrey dans Menteur menteur joue tellement mal qu'ils pourraient lui avoir refourgué la voix de Schwarzi que ça aurait pas changé grand chose. Oui, il y a pas si longtemps c'était la période des Fêtes, du coup, les films à la télé le samedi après-midi... bref. Les seuls vrais perdants, ici, seront les films indépendants ou venant de pays qu'on connaît essentiellement pour la chaleur, les filles ou la bouffe mais pas pour le cinoche. L'Espagne, l'Italie, le Brésil, la Norvège, la Finlande, entre autres, mais aussi l'Asie. Le premier qui me dit « olotre hey, l'Asie c'est pas un pays », je lui ponce le blair. Les productions cinématographiques de ces pays peinent à trouver leur place en France. J'avoue ne pas savoir ce qu’il en est chez nos voisins européens autres que ceux susnommés. Pourtant, certains de ces films sont de véritables chefs-d'œuvre de qwalitay mais qui, visiblement, ne méritent ni diffusion ni bon doublage en France. Je dis grands perdants car seuls les amateurs et habitués de VO pourront apprécier ces œuvres à leur juste valeur. Dommage qu’ils ne puissent atteindre Kevin et Samantha.

Heureusement, de nos jours, de super ordinateurs sont capables de traduire à la place des hommes. Vive la technologie !

Mais chez les pro-VF, tout n'est pas rose non plus. Lorsqu'on demande pourquoi ils préfèrent la VF, la réponse la plus fréquente, même si elle n'est pas exprimée ainsi, c'est qu'ils ont la flemme de se taper la lecture en plus de l'hypothétique réflexion. Car le spectateur lambda est avant tout un consommateur d'images par paquets de douze à la demi-seconde. Le film doit être un divertissement peu exigeant et non pas un exercice d'enrichissement culturel.

En plus, en France, on est assez mauvais en langues étrangères et particulièrement en anglais. Mais comme on est au moins aussi cons qu'on est mauvais pour la langue de Shakespeare, on en a ranafout de faire des progrès, si maigres soient-ils, en regardant des films en VO.

Pour les trucs de langue, on a le French kiss qui est mondialement reconnu, alors je vois vraiment pas pourquoi on se ferait chier. Alors oui, je parle des films en anglais depuis tout à l'heure. Le problème c'est que si je prends une par une les différentes langues avec les différents comportements associés, je fais 48 pages de cas particuliers pour deux et demi de cas général. Vous m’en excuserez.


Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, il arrive parfois qu'on soit amené à voir un film en VO puis en VF. C'est le cas des films ultra-connus et assez vieux. Souvent on l'a vu trois fois en français et, un jour, il repasse à la télé ou on le choppe sur le disque dur d'un collègue et on se dit « allez ! pourquoi pas en VO ? ».

Comme on connaît déjà le film, on ne risque pas grand chose. Là encore, la plupart des personnes font l'erreur de garder les sous-titres. Bon d'accord, on n'a pas toujours le choix, comme à la télé par exemple, même si le numérique nous permet aujourd’hui du multilingue. En regardant un film en VF puis en VO, ou l'inverse, on peut alors faire la distinction entre les deux versions, si tant est qu’on ait un peu de mémoire. Encore que... je me demande si l'ordre VO => VF ou VF => VO n'a pas une certaine importance.


Je vais prendre pour exemple Pulp fiction qui est passé y'a pas longtemps à la télé. Petite dédicace au jeune couple de voisins de mes meilleurs amis. Ils ne connaissaient pas Pulp Fiction... Pauvre France. Bon, je ne regardais pas vraiment car j'étais occupé ailleurs et je connais le film par cœur. Je me suis seulement arrêté sur quelques scènes et j’ai choisi de vous parler des deux suivantes. Elles sont intéressantes parce que, dans un cas, la VO poutre la VF et, dans l'autre, c'est l'inverse. Oui, Madame !


Prenons « Who's Zed? // Zed 's dead baby! Zed, is dead. » Cette quote défouraille grave du bébé pangolin au moteur de R5 tuné à la testostérone charismatique. La rime, la réponse concise, sans retenue, la facilité à retenir cette phrase. Tout y est pour en faire une réplique culte du cinéma. Et pourtant, en français, ce même dialogue devient complètement oubliable puisqu'il se transforme en un pauvre « Où il est Zed ? // C'était un pauvre type, il est en enfer à l'heure qu'il est. » Sans commentaire...


Passons au contre-exemple, je vais la faire courte (CTB shield). « Well, let's not start sucking each other's dicks quite yet. » Pour ceux qui ne comprendraient pas l'anglais, c'est un simple, « Bon, ne commençons pas à nous sucer la bite maintenant. » En français, on continue donc à se faire des petites gâteries mais de façon beaucoup plus classe. « Si vous le voulez bien, on se taillera des pipes plus tard, les enfants. » Alors certes, la traduction est assez proche. On est à des années-lumières de l'exemple du dessus où, en plus de perdre tout le swag de la VO, la traduction finissait de l’achever en changeant le sens de la phrase. Je vous laisse tout de même savourer la différence et avouez, la version française est plus sympa.


Pour finir, Je voudrais quand même revenir sur un jeune de quinze ans qui m'a dit qu'il était un pur fan de la VO parce qu'un film devait se regarder dans sa langue natale. Question de respect du travail de l'auteur et de s'imprégner de la koultour du film toussa toussa. Moi j'ai quand même l'impression que pour un mec qui joue à Call of Duty, il s’est foutu de ma gueule.


Et en cadeau, ce petit rébus en guise de mot de la fin. Bisous les p'tits loups.