« Sorcière, sorcière, prends garde à ton derrière ! » Que voilà une douce menace comparée à ce que les sorcières risquaient autrefois ! De pauvres femmes, que leur métier d'herboriste avait mis au ban de la société et que l'ignorance populaire transformait en boucs émissaires dès que quelque chose allait mal dans le village. Le Moyen-Âge a toujours été une période de rustres, tout le monde sait ça...

Bon, vous me voyez venir... Cette image n'est pas tout à fait correcte. Enfin, assez peu correcte. Enfin bref, pas correcte du tout, quoi ! Ceci est un article pour démonter à la Gatling un des grands mythes concernant le Moyen-Âge que ces salopards d'historiens romantiques ont inventé. Si vous êtes sages, ce sera le premier d'une série. Si je suis trop flemmard, ce sera le seul et tant pis pour vous.

Antiquité et Moyen-Âge

Une Église pas si obscurantiste

Les premières traces que nous ayons en Occident de crimes de sorcellerie sont les lois des Douze Tables, législation romaine du Ve siècle avant notre ère. Il y est question des gens qui lancent des sorts pour faire pourrir les récoltes. Au premier siècle avant notre ère est édictée la Lex Cornelia de sicariis et veneficiis qui a pour vocation de clarifier la législation antérieure sur les meurtres et, en particulier, d'affirmer le caractère criminel des empoisonnements et des incendies volontaires menant à la mort de quelqu'un. Il se trouve que cette loi parle aussi des lanceurs de maléfices, qui sont condamnés au bannissement ; c'est pourquoi elle sera abondamment citée par les juristes défenseurs des chasses aux sorcières.

L'Ancien Testament également contient des lois contre la sorcellerie et servira de base à un argumentaire juridique à partir de la fin du Moyen-Âge. Si l'on s'y penche d'un peu plus près, il est dit que les sorciers sont des criminels et doivent être condamnés à mort, sans cependant donner de définition de la sorcellerie. Et si l'on se fonde sur les autres pratiques interdites dans ce même paragraphe, il s'avère qu'il s'agirait seulement d'une forme de divination.

La Chrétienté médiévale a au contraire très tôt récusé l'existence même de la sorcellerie : le concile de Padeborn en 785 affirme que la croyance aux sorciers est un reliquat de paganisme et doit être combattue et Charlemagne lui emboîte le pas quelques années plus tard. La loi des Lombards de 643 avait déjà affirmé l'impossibilité de la sorcellerie. Et toutes ces lois vont même plus loin : brûler un supposé sorcier n'est rien d'autre qu'un meurtre et son auteur doit naturellement être condamné à mort.

C'est là la position officielle de l'Église et des grands laïcs mais comme souvent, cela n'a pas suffi à éradiquer une croyance « païenne » profondément ancrée dans les populations. Ainsi, il reste communément admis que certaines personnes ont des pouvoirs magiques qui peuvent attenter à la vie. Selon les sources, les pouvoirs associés aux sorciers varient mais ceux qui reviennent presque tout le temps sont liés à la survie : ils peuvent faire avorter les femmes ou les rendre stériles, rendre les hommes impuissants, gêner la reproduction du bétail ou envoyer des catastrophes naturelles qui détruisent les récoltes.

Un changement progressif des mentalités

La fin du XIIe siècle et surtout le XIIIe siècle sont le théâtre d'un grand nombre d'hérésies en Occident, parfois très violentes dans leurs revendications : on pensera aux cathares pour ne citer qu'eux. Ce foisonnement théologique oblige l'Église officielle à développer des outils efficaces pour combattre l'hérésie : ce sont les ordres mendiants pour le côté carotte et l'Inquisition pour le côté bâton.

Quand on cherche « inquisition » sur Google images, on tombe sur ça : c'est dire la prégnance du mythe !

C'est dans ce contexte que le positionnement de l'Église sur la sorcellerie évolue au XIVe siècle. En effet, le Pape Jean XXII autorise en 1326 l'Inquisition à poursuivre les actes de sorcellerie comme étant des hérésies. Mais prenons garde à ce que signifie ce mot ! Nicolas Eymerich publie en 1376 le Directorium Inquisitorum qui se veut un manuel de bonnes pratiques à l'usage des inquisiteurs et synthétise divers ouvrages du XIVe siècle sur la question. Il y aborde la question de la sorcellerie, qui s'avère être plutôt ce que nous appellerions du satanisme : il s'agit d'honorer Satan ou les démons comme on honorerait Dieu et les saints ou de passer un pacte avec un démon, ce qui justifie son statut d'hérésie. Dans cette position officielle de l'Église, l'existence de sorciers jeteurs de sorts à faire débander est toujours niée.

À noter que la sorcellerie est également un paravent pour condamner des crimes tellement abominables qu'ils n'ont pas été prévus par la loi, voire qu'on refuse de les nommer explicitement. Ainsi, les premières sorcières sont essentiellement des infanticides. On trouve également des procès en sorcellerie dont les interrogatoires permettent de comprendre à demi-mot que le sorcier est en fait accusé d'avoir violé des enfants.

Mais le XIVe siècle est également une période noire dans l'histoire de l'Occident : la guerre de Cent Ans y bat son plein et la Peste Noire vient profondément marquer les esprits sur fond de refroidissement du climat. Il se développe alors dans les couches populaires une sorte de théorie du complot où les forces du Mal seraient activement en train de préparer l'extinction de l'humanité : rappelons qu'un tiers voire la moitié de la population européenne a disparu à cette époque. Et l'identité de ces forces du mal est petit à petit constituée d'un gloubi-boulga mêlant allègrement hérétiques condamnés par l'Église, sorciers de l'imaginaire populaire — caractérisés, rappelons-le, par le fait de s'en prendre à la vie — et Juifs.

Enfin, au XVe siècle, apparaissent deux traits nouveaux qui achèvent de mettre en place le stéréotype de la sorcière des chasses du même nom. Vous aurez remarqué que j'utilise pour la première fois le terme de sorcière plutôt que sorcier. En effet, ce siècle voit une misogynie virulente envahir la question de la sorcellerie. Johannes Nider écrit entre 1435 et 1437 le Formicarius qui rompt avec l'image traditionnelle du sorcier : jusqu'à présent, on voyait le sorcier comme un homme instruit, capable de lire des grimoires et de soutenir des débats théologiques, ainsi qu'on peut s'y attendre de la part d'un hérétique ; Nider est le premier à mettre par écrit l'idée que la sorcellerie est essentiellement pratiquée par des femmes sans instruction. Il avance que celles-ci étant plus faibles intellectuellement, elles constituent des proies plus faciles pour les tromperies démoniaques.

Pour les femmes également, les accusations de sorcellerie commencent à servir de paravent à des crimes sexuels, en particulier la masturbation, inacceptable pour les « grands féministes » de cette époque. En effet, quand un jugement décrit par le menu comment les sorcières enduisent un long bâton — ou un balai — d'un onguent spécial avant de le chevaucher nues pour s'envoler au sabbat, il n'est pas difficile de comprendre ce dont il est question. La question de l'onguent dont est enduit le bâton est intéressante. Les gens du Moyen-Âge fabriquaient l'essentiel de leur pain à base de seigle, lequel peut développer une maladie appelée ergot qui cause facilement la mort quand on consomme le seigle malade. Mais certains avaient également découvert le moyen d'éviter la mort et de ne profiter que des propriétés hallucinogènes de la bête — l'ergotine est un précurseur du LSD — pour leur amusement personnel : il ne fallait pas l'ingérer mais se l'appliquer sur les muqueuses, par exemple vaginales. Je vous laisse imaginer les moments de folie que passaient ces dames avec leur balai...

Lucy in the Sky, with Diamooooonds!

Le deuxième trait caractéristique qui se met en place est l'utilisation politique de l'accusation de sorcellerie. La première grande chasse aux sorcières a lieu en Valais entre 1428 et 1447. Dans les années 1410, la région avait subi une sévère guerre civile dont il fallait extirper toute possibilité de reprise : l'accusation de sorcellerie dispensait de réunir des preuves aussi solides que dans un procès normal et permit d'éliminer bon nombre d'opposants politiques sans trop de résistance. À noter que ces deux traits se mettent en place parallèlement et ne coïncident pas encore nécessairement : il y eut à peu près autant de condamnations d'hommes que de femmes dans cette chasse du Valais.

C'est dans ce contexte que se déroule le concile de Bâle entre 1431 et 1437, où notamment Johannes Nider est allé présenter ses idées. Ce concile fut l'occasion de grandes réformes au sein de l'Église et un certain nombre de prélats de moyenne envergure purent obtenir que l'on combatte plus vigoureusement la sorcellerie. Cela ne suffit pas à faire bouger la Papauté de sa position, parce que ce concile lui a plus été extorqué qu'autre chose, mais cela eut un effet bœuf sur la classe moyenne de l'appareil ecclésiastique, moyennement instruite et plus sensible aux croyances populaires.

Patatras !

Henri Institoris et le Malleus maleficarum

Et là, c'est le drame ! Laissez-moi vous présenter Heinrich Kramer alias Henri Institoris. Henri est un inquisiteur doué mais également moyennement instruit et vraiment, vraiment très fanatique. Sa bête noire, ce sont les sorcières : il les traque de toutes ses forces pour les mener droit au chevalet de torture et au bûcher. Dans les années 1480, il opère dans le sud de l'Allemagne et en Autriche. Mais partout où il passe, les autorités ecclésiastiques finissent par le mettre dehors à coups de pompes dans le derrière, parce que, après tout, la croyance en la sorcellerie est toujours considérée comme une hérésie par beaucoup de monde dans l'Église.

Furieux, Henri va demander l'aide du Pape qui, en 1484, lui accorde tout son soutien dans une bulle. Ne nous méprenons pas : on trouve d'autres bulles très similaires à la même époque et elles témoignent seulement de la volonté du Pape d'affermir le pouvoir des inquisiteurs — qui lui rendent directement des comptes — face à la hiérarchie ecclésiastique traditionnelle qui lui en a fait voir des vertes et des pas mûres au concile de Bâle et avant. Mais pas de bol, c'est Henri le fanatique qui a décroché la timbale. Il retourne donc sur son lieu de chasse, exige qu'on l'aide en présentant sa jolie bulle... et se fait encore une fois envoyer sur les roses.

Ce qui est bien avec les livres d'Ancien Régime, c'est que ça annonce la couleur dès le départ...

Alors là, rien ne va plus. Pour se venger, Henri écrit un livre, le Malleus maleficarum, où il déverse toute sa rancœur et sa haine des sorcières. Ce livre est un concentré de tout ce que le XVe siècle a produit de plus obscurantiste. Il est composé de trois parties. Dans la première, il s'attache à démonter l'existence de la sorcellerie comme un fait avéré. Dans la deuxième, il décrit les sorcières et leurs pouvoirs et il se lâche complètement : en plus d'affirmer qu'il y a un sorcier pour mille sorcières, que les femmes sont intellectuellement inférieures aux hommes et que le mot « femina » vient de « fe-minus » qu'il traduit comme « moins de foi », il prend un malin plaisir à décrire avec force détails ce que les sorcières font quand elles copulent avec des démons. Un psychopathe, je vous dis ! La troisième partie est la plus pernicieuse : il y donne des instructions détaillées à l'attention des inquisiteurs sur la manière de trouver les sorcières, de leur extorquer des aveux et de les condamner.

C'est un succès de librairie. Entre 1487, quand le livre paraît pour la première fois, et 1520, il est réédité un bonne quinzaine de fois. Mais c'est dans la classe moyenne qu'il a le plus de succès car l'Église le prend très mal : dès 1490, le Malleus est déclaré hérétique et interdit. Mais le mal est fait. À tel point que, en 1528, l'Inquisition espagnole est obligée d'envoyer une instruction à tous ses inquisiteurs pour leur rappeler qu'il ne faut pas croire ce que dit le Malleus, même quand les preuves semblent nombreuses et solides.

La chasse est lancée

C'est à partir de là que la grande époque des chasses aux sorcières démarre. Il serait erroné de penser qu'il y eut d'abord une montée en vigueur du fanatisme et par la suite une prise de conscience à mesure que l'on s'approchait de la période des Lumières. En vérité, des critiques très violentes se sont fait jour dès le début et, dans le même temps, les plus fervents partisans de la chasse avaient souvent une raison toute personnelle qui ne témoignait pas d'une tendance générale.

Il faut bien comprendre que les grands procès de sorcellerie sont presque systématiquement le fait de petits nobles locaux, appuyés par des magistrats de moyenne envergure. Ces gens appartiennent à cette classe moyenne, aussi baignée de croyances populaires que les classes inférieures, tout en ayant accès aux débats des classes supérieures, sans pour autant bien en comprendre les tenants et les aboutissants. Cette population est sincèrement persuadée que la menace diabolique existe et ne comprend pas pourquoi les grands princes et les grandes institutions judiciaires n'agissent pas.

Dans les régions frontalières, comme les Ardennes ou le Pays Basque, cela s'ajoute à une crainte d'être considérés comme de mauvais sujets du roi et pousse à des solutions extrêmes : on organise de grandes chasses aux sorcières pour prouver qu'on est de bons chrétiens et échapper soi-même à la justice. Dans les régions catholiques, la chasse aux sorcières prend également des airs de chasse aux protestants : quand la Ligue prend le pouvoir à Paris en 1588, le nombre de sorcières condamnées à mort au parlement de Paris grimpe en flèche.

Mais du point de vue des grands princes et des grands magistrats, en particulier du parlement de Paris, ces mouvements de justice populaire sommaire sont des insultes à leur pouvoir et ils vont s'efforcer de les combattre. Cela prend du temps mais la sorcellerie est décriminalisée en France et en Angleterre aux environs de 1625. En Espagne, l'Inquisition avait déjà interdit ce type de procès vers 1610.

Dans le Saint Empire Romain Germanique, au contraire, l'absence de pouvoir central fort empêche ce mouvement d'avoir lieu. Par dessus vient s'ajouter la guerre de Trente Ans, terrible guerre de religion qui s'étira de 1618 à 1648, tant et si bien que les chasses aux sorcières mettent un demi-siècle de plus à être interrompues. Malgré tout, dès les années 1680, le phénomène n'est plus que résiduel en Europe occidentale et centrale.

Des critiques nombreuses

On ne pourra pas lister tous les gens qui se sont opposés à la chasse aux sorcières, d'une manière ou d'une autre ; aussi se contentera-t-on des plus marquants. Dès 1520, Gianfrancesco Ponzinibio perpétue le dogme médiéval en disant qu'il n'existe pas de sorcellerie. Mais la première critique vraiment marquante vient de Jan Wier, un médecin néerlandais. Il publie en 1563 le De praestigiis daemonum puis en 1577 le De Lamiis qui est fondamentalement un résumé du précédent. Il y défend deux idées. Premièrement, que les aveux obtenus par la torture sont plus que douteux et ne peuvent suffire à condamner quelqu'un pour sorcellerie : en cela, il suit l'opinion de Ulrich Molitor dans son De Lamiis et Pythonicis Mulieribus de 1489. Deuxièmement, que les vrais sorciers sont très rares et que la plupart des sorcières sont des malades mentales, qui confondent illusion et réalité, et qu'il faut donc les soigner et non les condamner.

Son œuvre marque durablement les défenseurs de sorcières. Dès 1584, l'Anglais Reginald Scot publie The Discoverie of Witchcraft où il s'attache à démontrer que la sorcellerie n'existe pas, que ceux qui se prétendent sorciers sont des charlatans et que par conséquent il ne faut pas blâmer les esprits simples qui ont été trompés par ces gens-là. Cornelius Loos défend les mêmes idées que Wier dans le De vera et falsa magia, écrit en 1592 après qu'il a été traumatisé par les procès horribles de Trier : cet ouvrage n'est pas nouveau dans ses idées mais marque un tournant car, pour la première fois, son auteur est un prêtre et un théologien.

Encore en 1631, lorsque Friedrich Spee publie sa Cautio Criminalis, il fonde l'essentiel de son argumentaire sur l'idée que la torture ne peut pas amener de témoignage valide. La mode des sorcières touche définitivement à sa fin lorsque Balthasar Bekker publie en 1691 De Betoverde Weereld : il ne se contente pas de nier l'existence de la sorcellerie mais aussi l’existence du Diable et des démons.

Des défenseurs douteux

Mon préféré ! <3

Là encore, on ne pourra pas lister tous les défenseurs de la chasse aux sorcières : chaque grand procès donnait lieu à au moins un compte-rendu pour le justifier. Le premier et sans doute le plus connu des défenseurs français du Malleus maleficarum est Jean Bodin dans sa Démonomanie des sorciers parue en 1580. C'est une version étendue et plus longuement argumentée du Malleus : de même que son prédécesseur, il s'attache à démontrer l'existence de la sorcellerie, puis à décrire les pouvoirs des sorciers et enfin à expliquer aux magistrats comment mener leur enquête et leur procès en sorcellerie. C'est cette partie qui retient particulièrement l'attention parce que Bodin était un juriste et maîtrise donc fort bien sa matière. À la fin de son ouvrage, une longue partie est consacrée à réfuter les textes de Jan Wier. L'ouvrage de Bodin est caractéristique des partisans de la chasse aux sorcières : Bodin est un magistrat de moyenne importance et il dédie son livre au premier président du parlement de Paris, dans le but de le convaincre de l'ampleur de la menace que représentent les sorciers et sorcières.

Chez les anglophones, c'est le roi d'Écosse Jaques VI — le futur Jacques Ier d'Angleterre, celui qui est à l'origine de la traduction de la Bible dite « du roi Jacques » — qui rédige en 1597 le Daemonologie où il défend la chasse. Cela n'est pas innocent : le roi était terrifié par les sorcières et s'est personnellement impliqué dans la vague de procès de North Berwick. Similairement, lorsque Nicolas Rémy publie en 1595 le Daemonolatreiae libri tres, sorte de version revue et augmentée de nouveaux cas pratiques de la Démonomanie de Bodin, c'est une démarche éminemment personnelle : un de ses fils est censé être mort en 1582 à cause d'un maléfice que lui aurait lancé une vieille mendiante dans la rue ; à la suite de cet incident, Nicolas Rémy a décidé de traquer les sorcières jusqu'à la dernière.

Un dernier cas emblématique de cette implication personnelle est celui de Pierre de Lancre. En 1609, le Pays Basque s'embrase et des accusations de sorcellerie fusent. Le parlement de Bordeaux envoie un de ses magistrats, Pierre de Lancre, enquêter sur place et celui-ci ne tarde pas à enchaîner les condamnations à mort. Quand il en fut à plusieurs dizaines mais se disait insatisfait parce qu'il restait encore trois mille sorciers en liberté, le parlement de Bordeaux décida d'arrêter les frais et de le rappeler. Ce qu'il faut savoir, c'est que le grand-père de Pierre de Lancre avait fui le Pays Basque pour Bordeaux et que suite à cela, Pierre détestait les Basques, qu'il considérait comme des barbares sans instruction ni religion, ce dont il ne se cache pas dans son Tableau de l'inconstance des mauvais anges et démons de 1612. D'où son envie de tous les tuer... En guise de comparaison, du côté espagnol, l'inquisiteur Alonso Salazar Frias qui enquête sur le même phénomène en arrive à la conclusion qu'avant son arrivée, il n'y avait pas de sorciers avérés et qu'après son arrivée, la moitié du pays accusait l'autre de sorcellerie. Ne pouvant dans ces conditions obtenir la moindre preuve valable qu'un seul acte de sorcellerie ait vraiment eu lieu, il encourage l'Inquisition à arrêter tout simplement de pourchasser les sorcières.

Conclusion

Comme vous pouvez le voir, on est loin du cliché de l'Inquisition torturant de pauvres femmes pendant des siècles par pur obscurantisme. La chasse aux sorcières proprement dite n'a duré qu'un siècle et demi et, d'une part, elle a eu de nombreux opposants dès ses premières manifestations, d'autre part, ceux qui la défendaient envers et contre tout étaient la plupart du temps des fanatiques ayant une dent personnelle contre les sorcières et que le hasard a placé dans une position de pouvoir.

Il faudrait, pour lutter contre ce préjugé anti-médiéval que les livres traitant de la sorcellerie soient plus facilement accessibles, avec des explications. C'est cependant une tâche titanesque et les rares éditeurs qui s'y intéressent se contentent généralement de reproduire les imprimés en fac-similé plutôt que de réaliser une édition en bonne et due forme avec notes explicatives.

Pour finir, je dirai que j'ai une tendresse personnelle pour la Démonomanie de Bodin qui, à mon sens, est un concentré de lulz. Depuis plusieurs années, j'ai envie de faire un jeu débile fondé sur Bodin et la chasse aux sorcières mais je n'ai pas vraiment les compétences pour. Alors si vous êtes graphiste et/ou si vous savez bien programmer en JS — mais j'ai surtout besoin d'un(e) graphiste — et si vous avez envie de réaliser un jeu débile sur la chasse aux sorcières, faites-moi signe !